jeudi 17 mai 2018

17 mai

Binh-Dû a des amies d’une générosité maintes fois démontrée. (C’est d’ailleurs uniquement à lui, doutant de sa propre générosité, que vient cette notion de démonstration, car rien n’est plus éloigné de leur esprit que l’idée de faire preuve de gentillesse.) Que lui passe-t-il par l’esprit, à cette femme également drôle et intelligente (bien entendu, Binh-Dû se flatte lui-même en soulignant la valeur de ses amies), il ne le sait pas trop, en-deçà des sujets de sa conversation. Par exemple, elle ignore ce qu’est le congre. Binh-Dû n’en sait guère plus, si ce n’est que cela se pêche dans les rochers bretons. Il en mangerait bien un filet. Et l’amie dans son assiette à lui en goûterait une fourchetée. Seulement il n’y a plus de congre, un pavé de saumon braisé ferait-il l’affaire ? Oui, répond-elle au serveur, avant que Binh-Dû n’acquiesce.
             Plus tard, au moment de choisir un dessert, l’amie de Binh-Dû lui propose – tropisme si parisien – d’en prendre un pour deux, elle est tentée par la tarte à la rhubarbe. Binh-Dû quant à lui n’a pas vraiment envie de dessert et pas du tout de rhubarbe. Tu es sûr que tu n’en prendras pas une cuillère ou deux ? Binh-Dû est certain de ne pas aimer la rhubarbe, au final la tarte restera sous sa cloche. Il se demandera s’il n’aurait pas pu faire un petit effort. Elle est contente de l’inviter. Ils sont contents de se revoir, depuis tout ce temps qu’elle vit à Londres. Sur le trottoir un clochard titube et s’effondre. Binh-Dû décide que l’homme est saoul, l’amie serait davantage disposée à intervenir. Le long de la file d’accès au train, un panonceau avertit, dessins à l’appui, que les bombes ne sont pas autorisées à bord, même datant de la Première guerre mondiale.