vendredi 27 juillet 2018

27 juillet

Pour croiser avec bonheur une personne de connaissance il suffirait de s’en remettre au hasard, marcher dans les rues d’une ville théâtralisée l’été. Ou non. Déjà bien beau si l’on arrive à trouver la poste sans avoir besoin de demander. Le pont écroulé au mitan du fleuve attire cependant les promeneurs.
Demi-tour obligatoire, les pas mènent ensuite à l’impasse du musée, au bout du parvis papal. Depuis les salles, par les fenêtres, on aperçoit encore le fleuve, une autre forteresse, sans doute des arbres surplombant un jardin où une chanteuse aux pieds nus inspecte ses plantations, accompagnée de ses enfants.
A l’intérieur, les gardiens sourient davantage que les vierges de miséricorde. Tant d’affliction sous les dorures. Le temps long commence à se hâter, car dans un café non loin s’attable auprès de sa grand-mère un jeune homme barbu, qui fut un enfant intimidé par son oncle avant d’être perdu de vue durant une quinzaine d’années.
Sa bonne amie est encore plus jeune et ses ongles sont rouges comme la douceur et la joie, s’il te plaît, ne me vouvoie pas ! serait enclin à supplier l’oncle. Ils sont beaux. Les croiser dans les rues enneigées d’une ville-refuge, à des milliers de kilomètres d’ici, doit être un bonheur, même pour leurs voisins. La grand-mère du neveu est heureuse.
Car l’histoire initiée se perpétue, tel le don d’une bague ayant appartenu à l’arrière-arrière-grand-mère. Hors du café, la question revient de l’autosuffisance. Des cases ont été cochées, mourir maintenant serait moins désolant. Le manque a été élevé au rang de la joie. Mais qu’en est-il du désir démarqué du besoin ?

[merci toujours et encore à Camille]