jeudi 5 juillet 2018

4 juillet (suite)


À la volée un visage ravagé et un bras dans le plâtre, cette femme sans âge est bien maigre et personne n’a dessiné de cœur à l’encre rouge, cela sent la saleté et la misère. Un effluve soudain, son regard implorant. Face auxquels un geste réflexe consiste à écarter les bras comme en descente de croix, au creux des paumes les stigmates, et les petits enfants viendraient se blottir dans la lumière éternelle. Rien dans les poches, prétend-il en poursuivant sa route. Il ment, ce ne sont pas des mouchoirs qui tintent contre sa jambe. Il éternue à cause des tilleuls. Il marche trop vite, trop directement vers le bureau de poste où il fera l’appoint pour payer un timbre, où il prendra peut-être le temps de retirer quelques billets du distributeur avant de s’enfuir comme un voleur, les yeux baissés. Il a établi dans sa tête un programme minuté, désireux que rien ne le perturbe. Peut-on être désireux du rien ? Lors des rendez-vous avec son psy, il cherchait de quel traumatisme originel était issu son mal de vivre. Je ne crois pas avoir eu une enfance malheureuse, s’étonnait-il souvent. Son psy paraissait en avoir vu d’autres, il attendait la suite. Parfois après un silence : Vous dites que vous « ne croyez pas » ? Après avoir posté le règlement de son loyer et fait ses courses au supermarché, il rentre chez lui, satisfait d’être dans les temps. Il ignore que répondre « Oui, merci » à la main tendue transfigurerait le masque indécis de ses soucis – et les cieux s’ouvriraient, et une nuée de séraphins entamerait une farandole.