L'enfant se couche. Elle ne lui a pas fait de bisou pour lui souhaiter une bonne nuit, ils sont tombés d'accord sur le fait que l'enfant est déjà grand pour ces séances de bisous.
- Tu l'as fait par obligation.
- De quoi tu parles ?
- Me faire des bisous et me prendre dans les bras avant que je me couche.
- Oui, il faut le faire quand les enfants sont petits.
- Et t'as plus envie de me prendre dans les bras ni de m'embrasser pour me souhaiter une bonne nuit ?
- Parfois. Quand tu me le demandes pas.
L'enfant se tourne dans le lit et lui présente son dos. Ce pourrait être l'origine d'un drame, avoir à accepter qu'il y a un âge où il est préférable de dormir sans qu'une mère vous prenne dans les bras et vous donne un bisou. S'habituer à ne plus être à l'abri.
- Tu l'as fait par obligation.
- De quoi tu parles ?
- Me faire des bisous et me prendre dans les bras avant que je me couche.
- Oui, il faut le faire quand les enfants sont petits.
- Et t'as plus envie de me prendre dans les bras ni de m'embrasser pour me souhaiter une bonne nuit ?
- Parfois. Quand tu me le demandes pas.
L'enfant se tourne dans le lit et lui présente son dos. Ce pourrait être l'origine d'un drame, avoir à accepter qu'il y a un âge où il est préférable de dormir sans qu'une mère vous prenne dans les bras et vous donne un bisou. S'habituer à ne plus être à l'abri.
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Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j'aimais tant, j'en arrivais à souhaiter qu'il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n'était pas encore venue.
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Oui, m’man, dit-il comme un gamin dans une sitcom, avec cette familiarité morose cette indulgence surjouée ce même grognement qui cachaient un amour sans fond. Le genre d’amour qu’on ne peut jamais avouer ouvertement parce que rien n’est plus exposé au danger, la frontière entre une chose pleinement tenue pour acquise et une chose à jamais disparue si mince si microscopique comme une fêlure dans la porcelaine uniquement visible sous un certain angle, la distinction subtile entre le visionnaire et le malade.
Camila Sosa Villada (in Histoire d'une domestication)
& Marcel Proust (in Du côté de chez Swann)
& Nina Allan (in Conquest)
Camila Sosa Villada (in Histoire d'une domestication)
& Marcel Proust (in Du côté de chez Swann)
& Nina Allan (in Conquest)
