- Papa !!
C’est fou la force de ce mot. C’est un coup de feu à bout portant avec une balle d’amour dans la bouche. Ça te dit que tu existes comme tu n’as jamais existé pour personne. C’est un appel qui happe le présent pur, il t’avale. Il t’oblige à être : ici même, hic. Tu ne sais pas ne pas y répondre, parce que voilà : tu es là, elle est là et son appel jette une passerelle vers toi que tu n’empruntes même pas : elle te traverse de part en part, elle te crée deux bras en plus, des jambes en mieux, un visage et une voix doubles. Un nous.
C’est fou la force de ce mot. C’est un coup de feu à bout portant avec une balle d’amour dans la bouche. Ça te dit que tu existes comme tu n’as jamais existé pour personne. C’est un appel qui happe le présent pur, il t’avale. Il t’oblige à être : ici même, hic. Tu ne sais pas ne pas y répondre, parce que voilà : tu es là, elle est là et son appel jette une passerelle vers toi que tu n’empruntes même pas : elle te traverse de part en part, elle te crée deux bras en plus, des jambes en mieux, un visage et une voix doubles. Un nous.
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Dans une chambre de motel, son père lui coupait les cheveux. Assise sur une chaise dans la salle de bains, elle regardait ses boucles brunes lui frôler le visage et atterrir sur ses jambes, par terre, pendant qu'il s'affairait autour d'elle avec les ciseaux.
- Tiens-toi bien tranquille, dit-il avec douceur, quoiqu'elle n'eût pas bougé.
Elle ne répondit pas, mais l'odeur d'eau oxygénée lui fit froncer le nez. Elle grimaça, essayant d'ignorer l'odeur et le picotement. (…)
(Il frotta avec une serviette la tête brûlante de Lilia.)
- Et voilà ! Prépare-toi, ma colombe, tu vas avoir une surprise...
Et il la hissa à la hauteur du miroir de la salle de bains.
L'effet était saisissant. Elle se souvenait de cet instant comme de la première fois où elle se regarda dans un miroir sans se reconnaître. Une enfant inconnue aux cheveux blonds, courts et ébouriffés, lui renvoya son regard, et soudain, inexplicablement, elle se sentit en sécurité. Non seulement en sécurité mais remplie de joie ; c'était la première fois qu'un véritable bonheur inondait sa poitrine, comme si une digue se rompait.
- Ça te plaît ?
Elle sourit.
- Je suis content que tu aimes, dit-il. Maintenant, il te faut juste un nouveau prénom.
- Tiens-toi bien tranquille, dit-il avec douceur, quoiqu'elle n'eût pas bougé.
Elle ne répondit pas, mais l'odeur d'eau oxygénée lui fit froncer le nez. Elle grimaça, essayant d'ignorer l'odeur et le picotement. (…)
(Il frotta avec une serviette la tête brûlante de Lilia.)
- Et voilà ! Prépare-toi, ma colombe, tu vas avoir une surprise...
Et il la hissa à la hauteur du miroir de la salle de bains.
L'effet était saisissant. Elle se souvenait de cet instant comme de la première fois où elle se regarda dans un miroir sans se reconnaître. Une enfant inconnue aux cheveux blonds, courts et ébouriffés, lui renvoya son regard, et soudain, inexplicablement, elle se sentit en sécurité. Non seulement en sécurité mais remplie de joie ; c'était la première fois qu'un véritable bonheur inondait sa poitrine, comme si une digue se rompait.
- Ça te plaît ?
Elle sourit.
- Je suis content que tu aimes, dit-il. Maintenant, il te faut juste un nouveau prénom.
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Le rasoir, la lanière, le gobelet et le blaireau avaient tous appartenu à son père, et chaque matin en se rasant, il pensait à son père se rasant chaque matin, qui devait avoir eu une autre manière de se rappeler son propre père, car le grand-père avait été barbu. De cette manière, chaque matin en se rasant il arrivait à penser aussi à son grand-père, un homme qu’il n’avait jamais connu et qui ne s’était jamais rasé. Ce processus le satisfaisait doublement en ce qu’il manifestait pour lui la manière dont il pensait que tout fonctionnait.
Alain Damasio (in Les furtifs)
& Emily St. John Mandel (in Dernière nuit à Montréal)
& Russel Banks (in Hamilton Stark)
Alain Damasio (in Les furtifs)
& Emily St. John Mandel (in Dernière nuit à Montréal)
& Russel Banks (in Hamilton Stark)