J'aime bien ce nom [Apollon]. Mais même si je le détestais, je ne le changerais pas. Pourtant, je me rends bien compte que quand je prononce son nom et qu'il réagit - s'il réagit - c'est sans doute davantage à ma voix qu'il réagit qu'au mot lui-même.
Parfois je me surprends à me poser cette question absurde : quel est son "vrai" nom ? Car il en a forcément eu plusieurs. Et que signifie le nom d'un chien au fond ? Si on ne donnait pas de nom à nos animaux, cela ne changerait rien pour eux, ce n'est qu'à nous qu'il manquerait quelque chose. Elle n'a pas de nom, dit quelqu'un à propos d'une chatte errante, alors on l'a appelée Minette. Un nom, malgré tout.
Samuel Butler a décrété un jour que l'épreuve ultime pour l'imagination était de nommer un chat.
(...)
Je connais des gens profondément opposés à l'idée de donner des noms aux animaux domestiques. Ce sont les mêmes qui rejettent l'idée qu'il y ait une catégorie d'animaux qu'on appelle domestiques. Ils n'apprécient pas davantage le terme de propriétaire en matière d'animaux ; et voient carrément rouge quand on prononce le mot maître. Ce qui leur répugne, c'est la notion de domination : cette domination des animaux que le genre humain revendique comme droit divin depuis Adam et Eve, et qui, à leurs yeux, n'a jamais été rien d'autre que de l'esclavage.
Quand je disais que je préférais les chats aux chiens, je ne voulais pas dire que j'aimais mieux les chats. J'aime autant les deux espèces. Mais en plus d'être mal à l'aise face à la dévotion des chiens, je rechigne, comme beaucoup de gens, à l'idée de dominer un animal. Et il est inutile de débattre, même si par ailleurs on peut trouver ridicule le fait de comparer les propriétaires d'animaux à des maîtres d'esclaves, les chiens, comme de nombreux animaux domestiqués, sont élevés pour être dominés par les hommes, pour être utilisés par les hommes, pour exécuter les ordres des hommes.
Contrairement aux chats.
Parfois je me surprends à me poser cette question absurde : quel est son "vrai" nom ? Car il en a forcément eu plusieurs. Et que signifie le nom d'un chien au fond ? Si on ne donnait pas de nom à nos animaux, cela ne changerait rien pour eux, ce n'est qu'à nous qu'il manquerait quelque chose. Elle n'a pas de nom, dit quelqu'un à propos d'une chatte errante, alors on l'a appelée Minette. Un nom, malgré tout.
Samuel Butler a décrété un jour que l'épreuve ultime pour l'imagination était de nommer un chat.
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Je connais des gens profondément opposés à l'idée de donner des noms aux animaux domestiques. Ce sont les mêmes qui rejettent l'idée qu'il y ait une catégorie d'animaux qu'on appelle domestiques. Ils n'apprécient pas davantage le terme de propriétaire en matière d'animaux ; et voient carrément rouge quand on prononce le mot maître. Ce qui leur répugne, c'est la notion de domination : cette domination des animaux que le genre humain revendique comme droit divin depuis Adam et Eve, et qui, à leurs yeux, n'a jamais été rien d'autre que de l'esclavage.
Quand je disais que je préférais les chats aux chiens, je ne voulais pas dire que j'aimais mieux les chats. J'aime autant les deux espèces. Mais en plus d'être mal à l'aise face à la dévotion des chiens, je rechigne, comme beaucoup de gens, à l'idée de dominer un animal. Et il est inutile de débattre, même si par ailleurs on peut trouver ridicule le fait de comparer les propriétaires d'animaux à des maîtres d'esclaves, les chiens, comme de nombreux animaux domestiqués, sont élevés pour être dominés par les hommes, pour être utilisés par les hommes, pour exécuter les ordres des hommes.
Contrairement aux chats.
Sigrid Nunez (in L'ami)