"Ça te ferait du bien… Tu peux pas rester enfermé comme ça, il faut que tu voies des gens."
Moi je ne demandais que ça, de voir des gens. Toutes les nuits je rêvais que j’étais avec plein de gens. Mais ça, c’était la nuit. La journée le plus souvent je ne voyais personne. Je restais à mon bureau. Mon téléphone à côté de moi, volume sonore au maximum, je priais pour recevoir des messages. Je ne recevais jamais rien. J’en avais des hallucinations. Par moments je m’arrêtais, croyant avoir entendu quelque chose. J’hésitais. En général sachant que la déception serait violente je m’empêchais de vérifier. Il arrivait même que je redémarre mon téléphone, peut-être il y avait eu un problème. C’est pas croyable qu’en autant d’heures personne n’ait pensé à moi… Il n’y avait pas de problème. Et alors, quand après avoir attendu toute la journée en vain des messages de gens de mon âge, le soir finalement j’en recevais un de ma mère, ça me foutait la haine. (…) J’avais envie de balancer mon téléphone contre le mur. Au lieu de lui être reconnaissant de penser à moi, je lui en voulais d’être la seule à le faire.
Moi je ne demandais que ça, de voir des gens. Toutes les nuits je rêvais que j’étais avec plein de gens. Mais ça, c’était la nuit. La journée le plus souvent je ne voyais personne. Je restais à mon bureau. Mon téléphone à côté de moi, volume sonore au maximum, je priais pour recevoir des messages. Je ne recevais jamais rien. J’en avais des hallucinations. Par moments je m’arrêtais, croyant avoir entendu quelque chose. J’hésitais. En général sachant que la déception serait violente je m’empêchais de vérifier. Il arrivait même que je redémarre mon téléphone, peut-être il y avait eu un problème. C’est pas croyable qu’en autant d’heures personne n’ait pensé à moi… Il n’y avait pas de problème. Et alors, quand après avoir attendu toute la journée en vain des messages de gens de mon âge, le soir finalement j’en recevais un de ma mère, ça me foutait la haine. (…) J’avais envie de balancer mon téléphone contre le mur. Au lieu de lui être reconnaissant de penser à moi, je lui en voulais d’être la seule à le faire.
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Sa mère se tracasse en tricotant un pull au col en V qu’il rejettera quand, l’hiver venu, elle le lui donnera ("Personne ne porte des pulls tricotés, maman !") : comment concrétiser l’amour et la peur que lui inspire son fils en quelque chose de tangible, susceptible de l’aider ? Un des tourments de la maternité provient de sa perception à la fois du côté merveilleux de son enfant et de son insignifiance aux yeux des autres. Il y a tant de garçons dans le monde. De loin, ils se ressemblent tous.
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Appelant sa mère sur la ligne (fixe), lançant de l’enthousiaste voix adolescente qu’elle avait cultivée pour de telles occasion, "Maman, salut ! C’est...", et sa mère l’interrompait sur-le-champ, "Je sais que c’est toi, Karin. Pour l’amour du ciel !" - avec un léger rire sifflant et blessé.
César Morgiewicz (in Mon pauvre lapin)
& Jennifer Egan (in La maison en pain d’épices)
& Joyce Carol Oates (in Moineau)
César Morgiewicz (in Mon pauvre lapin)
& Jennifer Egan (in La maison en pain d’épices)
& Joyce Carol Oates (in Moineau)
