Mais ma grand-mère, elle, par tous les temps, même quand la pluie faisait rage et que Françoise avait précipitamment rentré les précieux fauteuils d'osier de peur qu'ils ne fussent mouillés, on la voyait dans le jardin vide et fouetté par l'averse, relevant ses mèches désordonnées et grises pour que son front s'imbibât mieux de la salubrité du vent et de la pluie. Elle disait : "Enfin, on respire !" et parcourait les allées détrempées – trop symétriquement alignées à son gré par le nouveau jardinier dépourvu du sentiment de la nature et auquel mon père avait demandé depuis le matin si le temps s'arrangerait – de son petit pas enthousiaste et saccadé, réglé sur les mouvements divers qu'excitaient dans son âme l'ivresse de l'orage, la puissance de l'hygiène, la stupidité de mon éducation et la symétrie des jardins, plutôt que sur le désir inconnu d'elle d'éviter à sa jupe prune les taches de boue (…).
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J'ai ouvert la porte-moustiquaire et suis sortie sous la pluie. Il faisait nuit et les gouttes qui me tombaient sur le corps étaient froides. Je suis allée jusqu'au niveau des arbres et me suis accroupie pour faire pipi tandis que le tonnerre grondait.
J'ignore ce que je m'attendais à ressentir. (…) La lune a surgi des nuages. J'ai levé les yeux sur le ciel bleu nocturne et ai découvert sa lueur. Quoi qu'il puisse se passer, je sentais quelque chose remuer autour de moi, peut-être le vent ou tout à fait autre chose. Je ne vais pas mentir en disant que je n'ai pas trouvé ça excitant, le tremblement du vent, cette présence inconnue qui m'observait toute nue dans la nuit. Je me suis laissée tomber à genoux et j'ai senti la chaleur de la terre et de l'herbe.
J'ignore ce que je m'attendais à ressentir. (…) La lune a surgi des nuages. J'ai levé les yeux sur le ciel bleu nocturne et ai découvert sa lueur. Quoi qu'il puisse se passer, je sentais quelque chose remuer autour de moi, peut-être le vent ou tout à fait autre chose. Je ne vais pas mentir en disant que je n'ai pas trouvé ça excitant, le tremblement du vent, cette présence inconnue qui m'observait toute nue dans la nuit. Je me suis laissée tomber à genoux et j'ai senti la chaleur de la terre et de l'herbe.
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Et j'ai eu irrépressiblement envie de me faire arroser par cette pluie, car elle était incommensurable. Tous les jours, nous vivons avec l'incommensurable, sous une forme ou une autre, non ? Je pensais à toi, alors j'ai fait ce que je voulais. Je suis sortie sous le déluge en refermant la porte derrière moi.
Ça n'avait rien à voir avec prendre une douche, mi Soplete, c'était instantané. L'eau m'a enveloppée et m'a coupé le souffle en même temps. Aucune partie de moi n'était épargnée. J'ai probablement poussé un cri. Je suis restée là, heureuse et sans limites (…)
Ça n'avait rien à voir avec prendre une douche, mi Soplete, c'était instantané. L'eau m'a enveloppée et m'a coupé le souffle en même temps. Aucune partie de moi n'était épargnée. J'ai probablement poussé un cri. Je suis restée là, heureuse et sans limites (…)
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Kirabo vit Grand-Mère passer à toute vitesse devant elle, nue comme un nouveau-né, pour aller sauter sous la pluie. Grand-Mère courut le long de la haie en sautillant et en faisant des bonds. Kirabo se retourna vers l'endroit où elle s'était déshabillée. Ses vêtements gisaient en tas. Une sensation intense lui assécha la bouche, comme si elle avait surpris sa grand-mère en train de faire de la sorcellerie. (…) Elle jeta un nouveau coup d’œil dans l'arrière-cour pour s'assurer que personne d'autre ne l'avait vue, puis elle s'éloigna pour aller allumer le feu.
Lorsque le feu eut pris et qu'elle eut ajouté de plus gros morceaux de bois, la honte avait relâché son emprise. Son bon sens commençait à revenir. Grand-Mère aussi a le droit d'être nue. Tu as le droit de la regarder. Grand-Mère est humaine. Elle a des désirs, comme courir nue sous la pluie. Honte à toi ; Grand-Mère n'a pas besoin d'avoir une raison pour se déshabiller et courir nue sous la pluie.
Marcel Proust (in Du côté de chez Swann – Combray)
& Brandon Hobson (in Dans l'écho lointain de nos voix)
& John Berger (in De A à X)
& Jennifer Nansubuga Makumbi (in La première femme)
Lorsque le feu eut pris et qu'elle eut ajouté de plus gros morceaux de bois, la honte avait relâché son emprise. Son bon sens commençait à revenir. Grand-Mère aussi a le droit d'être nue. Tu as le droit de la regarder. Grand-Mère est humaine. Elle a des désirs, comme courir nue sous la pluie. Honte à toi ; Grand-Mère n'a pas besoin d'avoir une raison pour se déshabiller et courir nue sous la pluie.
Marcel Proust (in Du côté de chez Swann – Combray)
& Brandon Hobson (in Dans l'écho lointain de nos voix)
& John Berger (in De A à X)
& Jennifer Nansubuga Makumbi (in La première femme)