30 novembre
Je filais de si bon cœur sur mon vélo rouge et blanc que je ne craignais pas d’affronter des distances ahurissantes, quand j’y repense. Ma mère ne se rendait pas compte des dangers que je courais sur les routes nationales. (Moi je me savais invulnérable.) Le village me semble long à atteindre, où je gare la voiture.
Mais je cours aussi vite que volent les mouettes portées par le vent, ce bonheur, est-ce que je le ressentais, enfant ? Avais-je encore la force pour cela, ou manquais-je soudain d’énergie, anticipant le moment où, revenu à la maison, je m’assiérais sur les trois marches de la cuisine, avec une grande bouteille de soda sortie du frigo ?
Je n’emportais pas d’eau, afin d'avoir mieux soif. Je cours en montée vers les panoramas et en descente vers les embruns, sur le sentier, les plages et les rochers. Je me dépêche pour le plaisir et pour atteindre le phare avant que de rebrousser chemin, avant que de reprendre la voiture et d’aller retrouver l’amie d’enfance dans une librairie.
Elle n’était pas mon amie quand j’étais enfant, juste celle de ma sœur, mais elle m’avait initié au dériveur. Il y a une photo de moi avec un gilet de sauvetage qui me remontait par-dessus la tête ; et elle, rigolarde à côté. Elle devint une amie vingt ans plus tard. Elle m’offre de la soupe maison, des crêpes et une veste doublée pour me tenir chaud.
