mardi 16 juin 2026

Rhizomiques #247 (Le vent parlait)

Dehors, le vent parlait aux cheveux de ma mère dans une langue triviale. J'avais honte de ses gestes, de ses mots, des réponses qu'elle donnait au vent, aux choses, à n'importe qui. J'avais honte, et ma mère riait.
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Pendant qu’on marchait, maman faisait des étirements, qu’elle appelait des feintes. Elle poussait sur les édifices et les lampadaires comme si elle voulait les renverser. Elle a dit que c’était pour renforcer son utérus et sa paroi vaginale. Et aussi parce que toutes les actrices le font.  Pousse avec moi, Swiv ! Non ! ai-je dit. Je n’ai pas toutes ces merdes. Tu n’as ni utérus ni paroi vaginale ? a demandé maman. Je me suis éloignée pendant qu’elle poussait de toutes ses forces sur la boulangerie Nova Era parce que je ne veux pas être près d’elle quand elle fait des trucs bizarres, et avoir l’air de la soutenir. À moitié à plat ventre, elle prenait presque toute la place sur le trottoir et les gens devaient faire un grand détour.
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Il arrive parfois que les mères truies dévorent leur portée entière. Si Liss était née cochon, peut-être sa mère l’aurait-elle… Les cochons n’avaient peut-être pas tort. Quand la progéniture n’est pas assortie aux parents, il vaut peut-être mieux la dévorer.

Emmanuelle Salasc (in Ni de lait ni de laine)
& Miriam Toews (in Ce que combattre veut dire)
& Ewald Arenz (in Le parfum des poires anciennes)