Laura Vazquez (in Les Forces)
& Julia Armfield (in Cérémonie d'orage)
& Valérie Mréjen (in La jeune artiste)
Je me disais que, dans son cas, le désordre et la laideur témoignaient d'une tendance à augmenter la mise. Je voyais, dans les trois poèmes de Dante, l'effort de dépasser ce qu'il savait déjà concevoir et faire. Je me disais : il a abandonné non seulement son sens de la beauté, mais aussi le nôtre ; nous sommes habitués à lire et à écrire avec trop de prudence, nous sommes lâches ; pas lui ; lui, il voit s'il est possible de créer de la poésie y compris avec la négation de la poésie.
Pour exprimer cet élan extrême vers l'identification, il nous a laissé – dans le chant IX du poème où il imagine le bonheur céleste des échanges muets, une façon de se fondre et de se confondre dans la lumière mystique – les termes suivants : inluiarsi, intuarsi, inmiarsi. [néologismes fondés à partir de pronoms personnels, ici lui, tu, me, dont le sens est "entrer et se fondre en lui/ en toi / en moi"] Des verbes très audacieux et par conséquent sans succès. Nous leur avons préféré le terme que j'ai employé jusqu'à présent : s'identifier. Et pourtant j'ai vu et je vois encore dans ces mots le plus grand désir de quiconque écrit et raconte : l'envie brûlante de se délier de soi ; le rêve de devenir l'autre sans rencontre d'obstacle ; un "être toi" alors que tu es moi ; un flux de la langue et de l'écriture où l'altérité n'est plus perçue comme une entrave.
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Il me demanda ce que je faisais dans la vie. Comme dans la vie je ne fais rien, je dis je suis poète.
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Elle m’appelait "le jeune poète".
Je rougissais.
(…)
Le mot poète m’a toujours pesé comme un halo de pierre. Enfant, je croyais que les poètes étaient des entités sublimes, quasi incorporelles. Il me paraissait impossible que quelqu’un écrivant des choses aussi belles tousse, par exemple, ou crache, ou saigne du nez. Je n’avais jamais vu un poète en chair et en os et la possibilité d’en voir un dans le désert me semblait aussi improbable que de rencontrer un ours polaire batifolant dans la réverbération des sables brûlants.
Elena Ferrante (in Entre les marges)
& Laura Vazquez (in Les forces)
& Joyce Carol Oates (in Nuit, néon)
1er mars
Ceci est une « pause fraîcheur ».
Ceci est une suspension temporaire de l'activité...
Ceci est la bénédiction des glaciers – tant qu'il y en a.
Et quand il n'y en aura plus... Ne restera qu'à aller se noyer dans la mer.
Et l'on gueulera « Allez vous faire foutre ! » à l'instar de Belmondo.
#AboutDeSouffle
#LaCaniculeEstUnCrimePolitique
Il y a longtemps que je ne me suis pas levé de bonne heure mais cette fois-ci il est midi passé, j'ai entendu la porte se refermer. Seul avec le chat de nouveau, juste le temps de le quitter et d'aller une fois encore courir sur les plages et les rochers.
Je ne suis pas Marcel Proust. On ne peut pas avoir le goût de phrases si alambiquées et celui du vent qui ébouriffe. Les madeleines se dégustent dans le confort d'une pièce bien chauffée. J'ai commencé Á la recherche du temps perdu au matin d'une insomnie.
Comme s'il avait fallu que je connaisse l'une pour que je découvre l'autre – ma première pensée étonnée du premier matin, dans le train, que le chat allait balayer d'un coup de patte. Je me demande si Colette a connu le renversement d'un encrier sur un manuscrit.
Obscurcissant un passé tout récent. Ma réelle première pensée d'un matin blanc a été pour la douceur d'une aube inhabituelle, en appréciant la chance de n'avoir pas à la vivre chaque jour pour me rendre au travail. Dans le métro une femme s'était endormie en face de moi.
C'est une étrange journée, la pénultième. Dans deux jours je cesserai à nouveau de parler avec mon amie comme si nous avions des années à rattraper. Dans deux heures l'amie qui nous a présentés viendra prendre le thé, vite je ressors pour ne rien manquer du coucher du soleil.