jeudi 17 septembre 2026

Rhizomiques #264 (Poésie - Chant I)


si tôt déjà pour lui si tard
et bien seul dans sa bande à part 
il est sur le départ, Zigomar

absent du matin jusqu’au soir
invisible dans son miroir
il largue les amarres, Zigomar

très peu de poil très peu de lard
cendre et poussière sous le carrare 
terre rare, Zigomar
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Le poète s'arrête et s'assied sur le lit, tenaillé par le doute.
- J'ai l'impression que j'aurais dû changer deux autres mots dans la strophe qui commence par "panse les blessures" et se termine sur "la brume du crépuscule recouvre l'espérance".
Il récite le poème à voix basse.
- Et je me demande si "encor" ne serait pas mieux que "encore".
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    J'avais dix ou douze ans quand mon père et moi avons traversé une phase au cours de laquelle nous avions coutume de lire le recueil de poèmes d'Arturo Giovannitti et d'en rire ensemble à en pleurer. Giovannitti lui inspirait une vive antipathie, en dépit du bon cœur du poète et de ses intentions encore meilleures. Car la pire littérature, disait mon père, est toujours écrite avec les meilleures intentions. Ainsi ai-je appris à éprouver de l'antipathie pour ces poèmes, moi aussi.
    La dernière strophe d'Utopie, adressée à un "Maître", donnera une bonne idée du style de Giovannitti :

Un jour viendra où l'or ne te fascinera plus,
Où le vol et le meurtre ta règle ne seront plus ;
Alors pour moi, qui suis à présent ton ami, tu m'appelleras,
Toi l'homme franc et droit, « Ô scélérat ! »
 
    Á la demande de mon père, je récitais des vers comme ceux-là sur un ton déclamatoire enflammé, avec une emphase théâtrale, prenant soin d'insister sur tous les mots archaïques et les rimes douteuses avec un accent italien de pitre et des gestes vifs. Et nous nous étranglions de rire.

Éric Chevillard (in L'Autofictif du 01/03/25)
& Audur Ava О́lafsdо́ttir (in Miss Islande)
& Hernan Diaz (in Trust)