mardi 22 septembre 2026

Rhizomiques #265 (Poésie - Chant II)

"Dressez-vous, éléments ! Roule, tonnerre ! Éclaire, feu follet, ô toi visiteur éthéré !" Dans l'adolescence déjà, William surestimait terriblement la portée littéraire des éléments météorologiques.
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Un samedi, Mrs E.C.B. entra en fanfare dans les bureaux, brandissant une œuvre de sa plume dont Mr Underwood déclara se refuser à déshonorer les colonnes du Tribune : il s'agissait de la nécrologie d'une vache, écrite en vers, qui commençait ainsi :

    Ô bovine amie loin de ma patrie
    Avec tes grands yeux bruns infinis...


et qui par certains aspects portait gravement atteinte à l'esprit du christianisme. "Les vaches ne vont pas au paradis", dit Mr Underwood, à quoi Mrs E.C.B. répliqua : "Celle-là, si", avant de lui expliquer en quoi consistait la licence poétique. Il n'en restait pas moins, répéta Mr Underwood, qui avait lui-même en son temps publié quelques vers élégiaques d'incertaine facture, qu'il ne pourrait pas imprimer ceux-ci, parce qu'ils étaient blasphématoires et que leur scansion était fautive.
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Ce poème était une horreur absolue. Existait-il dans d’autres professions, par exemple en architecture – des architectes qui ne savaient pas manipuler un rapporteur ou qui ne connaissaient pas les rudiments de la trigonométrie ?
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sous les pâquerettes
présence fluette
pas dans son assiette, Bidulechouette
 
plus toute sa tête 
caroncules ni crête
pas à la fête, Bidulechouette
 
drôlement fine sa couette
capitonnée sa banquette
rien que squelette, Bidulechouette

Zadie Smith (in L'imposture)
& Harper Lee (in Va et poste une sentinelle)
& Michael Collins (in The Death of all Things Seen) ([Le titre en français est d’une platitude trop navrante : Des souvenirs américains.]
& Éric Chevillard (in L'Autofictif du 4 mars 2025)

jeudi 17 septembre 2026

Rhizomiques #264 (Poésie - Chant I)


si tôt déjà pour lui si tard
et bien seul dans sa bande à part 
il est sur le départ, Zigomar

absent du matin jusqu’au soir
invisible dans son miroir
il largue les amarres, Zigomar

très peu de poil très peu de lard
cendre et poussière sous le carrare 
terre rare, Zigomar
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Le poète s'arrête et s'assied sur le lit, tenaillé par le doute.
- J'ai l'impression que j'aurais dû changer deux autres mots dans la strophe qui commence par "panse les blessures" et se termine sur "la brume du crépuscule recouvre l'espérance".
Il récite le poème à voix basse.
- Et je me demande si "encor" ne serait pas mieux que "encore".
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    J'avais dix ou douze ans quand mon père et moi avons traversé une phase au cours de laquelle nous avions coutume de lire le recueil de poèmes d'Arturo Giovannitti et d'en rire ensemble à en pleurer. Giovannitti lui inspirait une vive antipathie, en dépit du bon cœur du poète et de ses intentions encore meilleures. Car la pire littérature, disait mon père, est toujours écrite avec les meilleures intentions. Ainsi ai-je appris à éprouver de l'antipathie pour ces poèmes, moi aussi.
    La dernière strophe d'Utopie, adressée à un "Maître", donnera une bonne idée du style de Giovannitti :

Un jour viendra où l'or ne te fascinera plus,
Où le vol et le meurtre ta règle ne seront plus ;
Alors pour moi, qui suis à présent ton ami, tu m'appelleras,
Toi l'homme franc et droit, « Ô scélérat ! »
 
    Á la demande de mon père, je récitais des vers comme ceux-là sur un ton déclamatoire enflammé, avec une emphase théâtrale, prenant soin d'insister sur tous les mots archaïques et les rimes douteuses avec un accent italien de pitre et des gestes vifs. Et nous nous étranglions de rire.

Éric Chevillard (in L'Autofictif du 01/03/25)
& Audur Ava О́lafsdо́ttir (in Miss Islande)
& Hernan Diaz (in Trust)

mardi 15 septembre 2026

A contre-saison #37

15 septembre

Le jour le plus chaud
Si nous en avons le courage
Parmi les jours moins chauds
À la traîne de l'été

Pourquoi du courage ?
Nous nous étions démultipliés
Déjà, une autre année
Diagonalisant la rigole

Cherchant à ne pas trop se voir
En découpe de foire
Il faisait moins chaud alors
Le soleil se moque de nos efforts

mardi 8 septembre 2026

A contre-saison #36

8 juin

Échangerais automne tardif contre printemps précoce
Qu'es-tu devenue ?
Out of the blue, on y croit
Toute couleur est jeu de lumière

Et rien de plus surprenant qu'un nuage.
Vaut-il mieux s'en tenir à son ombre ?
Une minute d'équilibre
Et d'inattention

Comme si l'on ne voyait pas le contrechamp,
Aveugle au flou.
Comme s'il n'était qu'une fleur
Immortelle dans le pré –

jeudi 3 septembre 2026

A contre-saison #35

3 septembre 202..
 

L'assise te montre la voie
Tu ne seras jamais perdu

Sous la pierre une pierre, et sous la pierre sous la pierre une infinité de pierres
Voire quelques os antédiluviens

L'équilibre te porte en avant ainsi que le déséquilibre ta marche
Ta danse de rattrapage en dévalement de pente ?

Il y eut quelqu'un avant toi
Heureusement il est parti

A toi de voir à présent
Ce qui attend de l'autre côté – 


mardi 1 septembre 2026

A contre-saison #34

1er mars

Il y a toujours des fruits – toujours ?
Toujours des fenêtres sur cour ?
Des lignes horizontales et des courbes

Ceci n'est pas une prison
Ceci n'est pas l'arrière-façade d'une église orgueilleuse

Nous sommes au premier jour officiel du printemps –
en Australie
J'étais en avance au rendez-vous –
chez le podologue

Il y a encore des fruits ici qui sentent la figue ; des figues.