S'il n'y a pas de précision, c'est de la merde. C'est de la soupe. La soupe à merde molle ! Et sans vigueur ! Sans vie. (…) Écoute bien. Si dans ton poème un arbre a des feuilles rouges, c'est qu'elles ne pouvaient pas être vertes, elles ne pouvaient pas être orange, elles ne pouvaient pas être mortes, elles étaient rouges ! Et c'est de la chimie. Un milligramme de moins et rien n'explose. Un milligramme de plus, et tout pète à la gueule.
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Elle détestait Braque, elle détestait ses couleurs marécageuses et le fat que si on restait trop longtemps devant n'importe laquelle de ses œuvres, on avait l'impression d'avoir la tête prise en étau entre deux barreaux, incapable de se libérer.
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(…) les tubes en métal argenté encore inentamés, parfaitement fermés avec leurs étiquettes monochromes élégantes à vous donner envie de suçoter du terre de Sienne ou du jaune d’or comme du lait concentré. Toutes les couleurs faisaient de l’œil. C’était à s’y perdre d’emblée avant même d’avoir commencé, tellement de tentations, de possibilités, de sacrifices à faire entre vermillon, outremer, vert lichen, blanc, noir d’ivoire ou bleu de Prusse. Pourtant le prix de ces matériaux magnifiques exigeait de faire une sélection, de savoir à l’avance quelles couleurs employer pour ne pas se tromper à prendre des tons inutiles qu’on n’utiliserait pas. Et pour faire quoi au fait, il était évident que malgré l’attirance il y avait là quelque chose de trop noble, de trop digne et coûteux, tous ces pigments luxueux conditionnés dans des coffrets aux inscriptions traditionnelles avec des arabesques anglaises et ces pinceaux laqués dont le plus petit poil valait son pesant d’or. Et puis dans des casiers spéciaux légèrement inclinés, rangés par tonalités dégradées, il y avait les pastels secs, concentrés poudreux de possibles au fort pouvoir de séduction, encore plus doués dans l’art de vous faire hésiter pour essayer de savoir lequel élire tant ils se déployaient groupés, allongés côte à côte et sûrs de leur effet, déclinant un éventail fascinant de nuances, chacun dans son petit sarcophage dont le capitonnage se colorait sous l’effet du frottement, se couvrait d’un peu de poussière, et ils rayonnaient d’éclat et d’aura. Le seul fait de les saisir pour considérer un instant la possibilité de les acheter constituait déjà un vertige, qui la plupart du temps en restait là, car les rares fois où on s’était permis de céder à la tentation et de s’en offrir quelques-uns, on avait eu le sentiment de ne pas être à la hauteur, de n’avoir fait que gribouiller en mélangeant toutes ces tonalités profondes pour les essayer en même temps mais le résultat, sans grand éclat, s’était révélé décevant et finalement on s’était dit qu’il valait mieux les poser sur une étagère pour simplement les regarder.
Laura Vazquez (in Les Forces)
& Julia Armfield (in Cérémonie d'orage)
& Valérie Mréjen (in La jeune artiste)
Laura Vazquez (in Les Forces)
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