Il entre dans un magasin Maplin pour y acheter une carte mémoire. La chaîne Maplin va bientôt fermer. TOUT DOIT DISPARAITRE. Il demande à un type – son badge indique que c’est le gérant – s’il lui reste des cartes mémoire. Le type secoue la tête. Trop tard. (…)
Deux jours plus tard, il parle à Paddy du type chez Maplin.
Tout doit disparaître, elle répète, comme si c’était de la poésie.
Et moi qui lui demande une carte mémoire, il dit. Je suis le type le plus maladroit sur Terre.
Deux jours plus tard, il parle à Paddy du type chez Maplin.
Tout doit disparaître, elle répète, comme si c’était de la poésie.
Et moi qui lui demande une carte mémoire, il dit. Je suis le type le plus maladroit sur Terre.
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Un beau jour, il s'est exilé à l'intérieur de chez lui. On a cru à une poussée d'humeurs, une chose passetemporaire. Mais c'était définitif. Avec le temps, on a fini par s'étonner de cette absence. On est allés le voir. On l'a secoué, lui, rien.
- Je ne veux plus jamais sortir.
- Tu as peur de quoi ?
- Le monde désormais n'a plus de beauté.
Comme des amants qui, après une brouille, ne veulent plus jamais se voir. La bouderie de notre oncle était ainsi. Il avait une liaison avec le monde. Et ça lui faisait trop de peine, à présent, la décadence du visage de celui qu'il avait aimé. Les autres s'étaient moqués. Leur parent souffrait de poésies attardées ?
- Toi, Abstinencio, tu es une personne très impersonnelle. Tu as peur de la vie ou de l'existence ?
- Laissez-moi, frères : c'est ma nature.
- Ou, si ça se trouve, c'est que le frère Abstinencio n'a pas reçu une nature suffisante.
Et ils le laissèrent, seul et unique. Tout compte fait, c'était son choix. La pénombre s'était immiscée en lui comme une moisissure et il avait fini par devenir nostalgique d'un temps jamais arrivé, veuf sans même avoir jamais été marié.
- Je ne veux plus jamais sortir.
- Tu as peur de quoi ?
- Le monde désormais n'a plus de beauté.
Comme des amants qui, après une brouille, ne veulent plus jamais se voir. La bouderie de notre oncle était ainsi. Il avait une liaison avec le monde. Et ça lui faisait trop de peine, à présent, la décadence du visage de celui qu'il avait aimé. Les autres s'étaient moqués. Leur parent souffrait de poésies attardées ?
- Toi, Abstinencio, tu es une personne très impersonnelle. Tu as peur de la vie ou de l'existence ?
- Laissez-moi, frères : c'est ma nature.
- Ou, si ça se trouve, c'est que le frère Abstinencio n'a pas reçu une nature suffisante.
Et ils le laissèrent, seul et unique. Tout compte fait, c'était son choix. La pénombre s'était immiscée en lui comme une moisissure et il avait fini par devenir nostalgique d'un temps jamais arrivé, veuf sans même avoir jamais été marié.
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La guerre a rendu ma mère folle, dit Amélia, parce qu'elle pensait qu'il fallait trouver les mots pour la dire, et une fois les mots trouvés il n'y aurait d'autre possibilité que de l'arrêter. Il fallait trouver une forme pour l'arrêter, pour que les écailles tombent enfin des yeux de ce que l'on appelait l'opinion internationale. Et elle pensait que c'était sa tâche à elle. La tâche de la poésie. Trouver cette forme qui transporte cette réalité-ci ailleurs. Hors de ses limites, au cœur de l'Occident, au cœur de ceux qui la liraient et qui, après l'avoir lue, l'auraient vécue, et ne pourraient plus l'ignorer. Elle écrivait. (…) Elle était persuadée que l'échec du processus de paix était son échec à elle, l'échec de sa poésie. De la poésie tout entière. Au bout de trois ans, elle a fini par se rendre à l'évidence : ce qu'elle voulait révéler au monde, le monde le savait déjà. Le savait depuis le début. Et s'en moquait. Ce n'était ni la faute des mots, ni de ceux qui s'en servaient ; c'était la faute de la nature humaine, de ceux qui refusaient d'entendre.
Ali Smith (in Printemps)
& Mia Couto (in Un fleuve appelé temps, une maison appelée terre)
& Jakuta Alikavazovic (in L'avancée de la nuit)
Ali Smith (in Printemps)
& Mia Couto (in Un fleuve appelé temps, une maison appelée terre)
& Jakuta Alikavazovic (in L'avancée de la nuit)