1er décembre
Je glisse dans le monde ainsi qu’un petit voilier en dérive, ainsi le monde me plaît. À mon échelle, en mes lieux, peuplé des gens que j’aime. Ce monde, bien sûr, est une illusion, non moins que le voilier, mais bien réel est le vent qui fouette et vivifie.
Faut-il autant de violence ? Lorsque je me suis garé la veille, un homme m’a dévisagé avec hostilité. Le rétroviseur est cassé et la portière rayée quand j’y retourne le lendemain. Je décèle un attentat raciste contre ma carnation de souche douteuse.
Il y a moyen d’y soupçonner une réponse karmique. À la mesure de fautes que j’aurais commises, moins innocent qu’un chat. C’est aujourd’hui que revient sa colocataire, encore une dernière après-midi à m’enivrer de la vigueur iodée des vagues en rouleaux.
Je n’en suis pas encore lassé. Je porte un jean noir orné d’arabesques dorées en surpiqûres offert il y a huit ans par Sandrine qui ne le portait plus, que j’ai à peine connue, qui avait l’œil pour les améthystes et dont j’ai appris hier qu’elle était décédée.
Il faut courir vite pour bondir sur les rochers avant que la marée montante ne nous attrape. Ou pour photographier de près les vagues. Une femme joue à ce jeu tout comme moi. Je ne reviendrai pas de sitôt, je l'aborde, suffit avec les rêveries punk.
Elle avait une silhouette photogénique et un sourire à l’avenant. Peut-être suis-je inoffensif, peut-être suis-je avenant. Je vais chercher l’amie sur l’aire de covoiturage, pour la conduire chez elle. Où nous entreprenons le récit de nos voyages simultanés...
