jeudi 30 juillet 2026

Rhizomiques #256 (L'après)

    En plein cauchemar du décès de ma mère, je passais par des moments qui me choquaient davantage que l’immensité de mon chagrin, des millisecondes où j’étais soulagée qu’elle soit partie, quand je m’avouais qu’il y avait  une sorte de liberté dans le fait d’être débarrassée d’une mère, d’être capable de vivre sans elle. Et à d’autres moments j’éprouvais une bouffée d’euphorie d’une telle fulgurance à l’idée d’être en vie que j’en étais consternée. Même torturée par la douleur, c’était une sensation parfois si intense que la mort de ma mère ne semblait pas un prix trop lourd à payer pour l’éprouver.
    J’étais atterrée par la trahison que représentaient ces pensées, par la créature sans cœur qu’elles révélaient.
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Il pense : On peut aimer quelqu'un et ne pas regretter son absence. C'est la dure réalité.
Il a appris à l'accepter. Sa liberté d'être qui il est véritablement résulte de la mort de son père.
Il ne le dirait à personne ; non. Ils ne comprendraient pas.
(…)
Oui, Papa me manque, mais non, sa présence ne me manque pas. Ses jugements.
Sans Papa dans le monde je peux respirer. Pardonnez-moi !

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Ses parents avaient divorcé alors qu’elle était encore une enfant. Quand sa mère lui avait appris qu’elles partaient s’installer dans une nouvelle maison à l’autre bout de la ville, elle ne se préoccupa plus que de savoir ce qu’elle pourrait emporter ou non lors du déménagement. À maintes reprises, elle avait sollicité l’avis de sa mère. Est-ce que je peux prendre mon bureau ? Mon chien ? Mes livres ? Mes crayons ? Bien des années plus tard, un psychologue lui suggérerait que cette fixation trouvait son origine dans le fait qu’on lui avait déjà dit ce qu’elles n’allaient pas emporter : son père.

Jean Hegland (in Dans la forêt)
& Joyce Carol Oates (in La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles.)
& Lisa Halliday (in Asymétrie)