29 novembre
L’amitié est de toute évidence une construction fondée sur une première coïncidence. Et l’on choisit de ne plus avoir besoin de preuves supplémentaires.
Une femme manifeste bruyamment son plaisir dans un appartement du dessus (si fort qu’elle pourrait bien se trouver deux étages plus haut). Je doute de son septième ciel, et que la force en question relève du plaisir plutôt que de sa manifestation.
Puis je rêve qu’une ex-amante, après que j’ai noté sur vingt, à sa demande, sa poitrine et sa bouche, évalue mon sex-appeal – un soulagement car ma notation de ses attraits s’en trouve interrompue. Quelles pitoyables extensions de soi vivent-elles leur vie dans ce multivers onirique. Affreusement sincère et prétentieux.
Je me réveille avec la pire des notes concédées. Dans le hall de l’immeuble, trois adolescentes se mettent à tousser éperdument lorsqu’elles me voient apparaître masqué depuis le porche, j’en ris mais cela ne se voit ni ne s’entend, et quand je referme la porte de l’appartement c’est elles que j’entends rire – et tousser encore, prises à leur propre jeu. C’est vraiment drôle et je ne veux vraiment pas mourir, ni même perdre mon odorat.
Sans doute l’idée de perte m’obsède. Ces adolescentes telles les trois Parques, dans l’immortalité de leur jeunesse. Ou trois Grâces, se riant d’un vieux fou. Dehors j’ai photographié une mouette de profil sur le muret de la corniche, une grand-mère m’a fait un sourire de connivence. Le chat a mis en pièces un rouleau d’essuie-tout. Vas-y, tu peux t’en prendre aux feuilles blanches.
Quand on vit seul, on se préoccupe peu de faire semblant ou de faire attention. Il est communément admis qu’une telle configuration d’esprit est une perte, elle aussi, par rapport à ce que l’on gagne à ne pas vivre seul.
J’ai enregistré le son de la mer brisant doucement sur la plage de mon enfance. Pour m’y endormir, à l’occasion.
