mardi 21 avril 2026

Mutatis mutandis

28 novembre


    La bruine m’accompagne ce jour encore, le soleil n’a plus cours depuis l’apocalypse textuelle. Est-ce la métaphore d’un monde sans plus de mots pour le dire ? Je refais ma ballade du premier jour – dont les mots ont disparu dans un trou noir sans cloud –, celle du rouge-gorge et du chablis chimérique. Il ne suffit pas de dire les choses ; ce qui impulsait mes textes c’était la manière, l’agencement, le mouvement, l’insertion dans un flux. Ce jour-là par exemple, il allait pleuvoir, et j’allais découvrir au tournant du sentier la source ou la destination d’un arc-en-ciel, là, en plein milieu de la mer. Ce jour-ci, aucun rouge-gorge ne retient mon attention et la chimère de bois fendu a dû se transformer en une chose différente, moins apparente. Ce soir, je dînerai avec une amie à qui j'offre parfois des romans qui pourraient sauver le monde si le monde croyait en la littérature. Je repense à ce cinglé de Musk, au rêve où je l’ai fait apparaître.
    Je lui professais qu’il y avait d’autres dimensions que les mots ! J’avais raison de me méfier, c’était pousser au crime, inviter le diable dans mon futur immédiat. M’a-t-il justement "pris au mot" ? A-t-il subrepticement implanté une puce (électronique) dans le chat pour le téléguider à effacer mon texte ? Le chat est-il un trans-félin ? J’aurai une petite discussion les yeux dans les yeux avec lui à mon retour, voir s’il passe le test de Turing, s’il cligne des paupières… Ou s’il est un "bot", comme le "chatbot" du support technique qui a refusé de récupérer mon texte. Un chat "botté"... L’amie avec qui je dîne me suggère cette éventualité, ensuite nous évoquons des pervers narcissiques de nos connaissances. Je savoure une dorade. Elle est dotée depuis peu (l'humaine en mutation) d’une hanche en titane. Un macroniste se lève pour nous saluer. À une table voisine se trouvent les propriétaires de la maison d'où mon enfance a été expulsée.