27 novembre
Le lendemain est maussade, dépourvu de soleil. Le matin j’essaie de recoller des morceaux, ça ne tient pas. Je tente de rebâtir toute une architecture nouvelle dont l’écrasement de la veille serait le puits central. Une forme de texte qui exploserait les directions temporelles, progressant vers l’avant et vers l’arrière simultanément.
Finalement je sors me frotter à l’air du large, courir sur les rochers. Cela glisse un peu mais ils tiennent, et moi dessus, mieux que mes velléités littéraires. La marée est haute jusque dans les anses, et les algues sont d’une teinte rouge prononcée. Je trace sur un sentier de méandres.
Il y a une joie du corps et de l’âme qui surgit à nouveau, laissant l’esprit un peu en arrière. C’est cela sans doute qu’il me faut connaître, la dissociation entre les émotions de ce qui se vit et de ce qui s’écrit. Ce qui se vit – et ce qui s’est vécu – ne peut s’effacer comme un texte. Peut s’oublier, mais on n’en est pas là.
L’oubli était la profonde hantise de Proust, mais Proust était un esprit malade. Prodigieusement réflexif mais à s’en miner la santé, à en mourir sans doute d’excès de mémoire. Est-ce de cela que le chat a voulu m’avertir ? Je me perds un peu dans le déchiquètement de la côte. J’accueille la bruine.
