26 novembre (jour 0)
Il est midi, mercredi (jour 1 qui aurait dû être le neuvième), et au-dehors la pluie bruine et détrempe. Je reste à l’intérieur, à tenter de réparer les dégâts causés à mon récit, sa continuité sabrée. Poursuivre le récit, une évidence puisque le temps avance, mais remonter aussi à contre-courant pour lui redonner un ancrage ? Tenter un kintsugi textuel ? Paratexter à mort et tous azimuts, vers les passés, le futur chamboulé, le présent ?
Le présent n’attend pas, j’entends le présent de la veille, où je retourne, le présent de ce mardi funeste. Vais-je trouver moyen d’en rire et d’en faire rire ? Ce serait un minimum d’élégance requise. L’élégance contre l’indécence de gloser sur LA CATASTROPHE alors qu’il ne s’agit que de choses écrites dont le monde se fout globalement, qui n’ont d’importance que pour moi – ainsi mes préoccupations d’ordre purement littéraire telle la force particulière du tiret dans un registre de ponctuation (et je prétends mieux manier la virgule que Proust et ses trop respectueux éditeurs) –, qui d’autre pour s’y intéresser ?
Ma "catastrophe" en sujet central tandis que plus abominables malheurs se déclenchent à chaque seconde ici ou là. Sur les ruines d’un texte écrasé, faire naître un nouveau texte, va-t-en parler de ruines à un Palestinien de Gaza. Et qui sait si je n’ai pas évité d’un cheveu, sans le savoir, un accident de voiture qui ne m’aurait pas permis de rentrer m’asseoir devant l’ordinateur et de permettre qu’un chat innocent ne piétine mes vanités ?