mercredi 29 janvier 2020

29 mars


Il fait nuit. Sur le rond-point gire inlassablement la caméra de surveillance. Il y a encore du sel et du ketchup à la baraque à frites – tu vois la mine réjouie des piétons quand ils se lèchent les doigts ? La statue du grand homme tourne imperturbablement le dos au chat qui renifle le glyphosate épandu sur les massifs floraux. Le bureau de poste ouvert seulement le matin est d’autant plus fermé – impossible de se glisser entre les barreaux de métal à moins d’être un chat ou un animal encore plus petit que tu ne repérerais pas, même avec tes lunettes. Les voitures lasses rentrent se coucher sans faire crisser leurs pneus. Et l’on repart pour un tour dans le sens des aiguilles d’une montre. Il fait jour. On quitte l’appartement acidulé, à la gare le train nous attend comme s’il n’avait pas bougé depuis trois jours. Et les champs d’un vert OGM défilent, d’un coup le wagon se remplit de soldats en civil. Impossible dès lors de dormir, dit-elle, ce qui se comprend – combien de poignards glissés dans les paquetages ? L’un de ces enfants au crâne rasé et aux muscles gonflés a troqué son treillis pour le maillot sponsorisé d’une équipe de foot. Quand l’uniforme vous sied… Un autre, si grand qu’il tient à peine assis, joue sur son téléphone à faire progresser un plombier dans la jungle. Arrivés à Paris, ils se dispersent. Le ciel est bleu, croyons que tout va bien, même si sur le parvis un Afghan et ses deux enfants attendent, enveloppés dans une seule couverture, une barquette de fruits vide à leurs pieds.