mercredi 13 mars 2019

13 mars


                Mais tu as toujours préféré te taire. C’est ainsi que Binh-Dû écrit. Chanter, tu aimais bien aussi, manger tu aimes de même. Quant à embrasser ou ne pas, c’est un regret sans fin. Une satiété vouée à se refuser. Le chagrin est un aiguillon qui ôte au rêveur sa lucidité.
                Il est seul et soi, s’imagine-t-il, et en même temps on le regarde. On l’apprécie à juste titre, ses gestes sont gracieux et ses pensées subtiles. Il est drôle, qu’est-ce qu’on rit ! Ce serait dommage d’en perdre une miette, avis aux générations futures.
                Mais la vie n’est pas une course de relais (heureusement, car la métaphore est d’une pauvreté à pleurer). Ce que tu voudrais prendre, c’est la tangente. Qu’ils se débrouillent sans toi ! Et sans Binh-Dû à plus forte raison. Laisser place nette, voilà un acte.
                Si le désespoir est un espace, tout espace pue le désespoir. Un lien de causalité n’est pas nécessaire (il serait même factice), en revanche une fraternité se dessine avec les pires salopards : dans ton espace défini, tu ne te soucierais que de jouir.