mercredi 31 octobre 2018

31 octobre

            Les morts sont à la fête, ils font même sourire la famille syrienne serrée sous une couverture près de la grille d’aération du métro. Quant aux petits enfants noirs, ils rient de se voir si verts dans le reflet d’épouvante des vitrines. Binh-Dû sent la froideur lui empoigner les os, il a bipé trois fois sous le portique avant qu’on le laisse sortir du grand magasin.
            Certes il avait volé quelque chose, mais c’était pour gagner du temps. Et de toute façon, il rapportera ni vu ni connu cette chose, intacte après usage, ne pourrait-on pas lui faire confiance une fois pour toutes ? Il est une personne fiable, en avance sur son rendez-vous. Il se promène au hasard en attendant, il se retrouve face à l’amie, entre eux le hasard est toujours le meilleur GPS.
            À la couette il superpose les couvertures. Trop frigorifié pour retourner le matelas en face hiver. Il faut croire que cela ne changerait rien. La maison est ouverte mais le jardin est différent. Il reconnaît à peine les pièces de l’étage, mais où est la mer ? Était-ce à la campagne ? Un feu s’éteint doucement dans son cercle de pierres. C’était le bonheur.

mardi 30 octobre 2018

30 octobre

            La nuit est un voyage commencé tard, poursuivi dans l’illusion d’une paire de volets fermés. Et Binh-Dû s’étonne encore qu’il ne soit pas midi passé, plissant les yeux face à l’aveuglement du soleil. La buée a séché sur les vitres. Dehors, l’âcreté de l’air incite à manger du poulet, chair rissolée dans l’huile d’olive.
            Au passage à niveau, il contemplait une bouteille en plastique vide, méditant d’y graver un message. Le crissement du stylo sur le PET, il se le représentait clairement, mais ce qu’il aurait à dire ? Peut-être eût-ce été en rapport avec la fille aux cheveux roux qui riait aux éclats en renversant la tête en  arrière – du fait de sa relative petite taille.
            Ou avec son père qui n’est plus qu’un point sur l’horizon – impossible de déterminer s’il s’éloigne ou se rapproche. La mer est d’un turquoise lagonaire, et sa paix est à l’unisson, pas même un poisson pour en troubler la surface. Paupières closes au seuil zénithal, yeux rouverts, ce jour s’absorbera donc en bleu pisseux.

lundi 29 octobre 2018

29 octobre

            Répartir mieux qu’en assentiment las. Avant le détraquage final. À chaque accointance sa catégorie, mais pour en tirer quelle conclusion ? Un nuancier d’auras ? La ville pousse au crime, rien de plus tentant que de céder et en même temps tous résistent, même les plus déshérités, les titubants, les sarcastiques, ils entretiennent le maillage qui les asphyxie. 
            S’il était moins craintif, Binh-Dû n’aurait pas été abordé par ces deux hommes armés de téléphones portables qui, en mode vidéo, lui demandèrent s’il kiffait Paris. Ou il aurait répondu différemment, aurait joué le jeu, aurait ri avec eux. Plus loin un immigré en gros pull cassait sa bière en s’effondrant dessus, de tout son poids.
            Il est bien trop poli. Il a déjà oublié son rêve de la veille, où se déroulait sûrement une scène effroyable, toute en cris et violence. Mais personne ne lui tient rigueur de sa réserve. Sauf peut-être celle qui l’aimait et qui en vient aujourd’hui à douter de sa propre capacité à aimer. Il voudrait la rassurer. Il aggrave son cas. Il prémédite les prochaines prudences.

dimanche 28 octobre 2018

28 octobre

            La souplesse mariée à la puissance, s’y croire, météore dans la ville asphalte. Les yeux plissés face aux reflets multicolores, ne voir que la vitesse. Glisser comme le font les mutants de la nouvelle génération, mais ce sont leurs doigts qui, plus que tout autre partie du corps, sont agiles. Binh-Dû a encore des jambes, et ses tennis à semelle noire rebondissent sur le macadam.
            C’est que le temps manque à force d’accentuer la relativité, une année nouvelle représente la totalité d’une vie de bébé mais un pour cent seulement de celle d’un centenaire. Ne pourrait-on plutôt concevoir la liberté de se situer où bon nous semble dans l’intervalle ? (Afin de moins se sentir vieillir, Binh-Dû tente de n’être plus qu’un seul chiffre.)
            Il sera bien temps de dormir une heure de plus lors du prochain passage à l’heure d’hiver. C’est une journée qui marque davantage que la nouvelle saison, les élévateurs disposent les éclairages de Noël au-dessus des vitrines. Ou comment se hâter de mourir, impatients que nous sommes. Binh-Dû entend bien quant à lui désinscrire ses rides de fatigue.

samedi 27 octobre 2018

27 octobre

         Le petit réfrigérateur vrombissait comme un chat psychopathe. Écho blafard à la toux de Binh-Dû, lit trop grand, parquet en linoléum imitation bois, rideaux de déprime dentelée, au-dehors dressée la cathédrale. Il posa ses pieds nus dans le chœur, ouvrit l’armoire à hosties, s’attendant à ce que cliquette une rangée de mignonnettes, mais rien. Seul le moteur plus proche à l’oreille et une veilleuse ouvrant aussitôt l’œil ainsi qu’un employé servile, Vous désirez, Monsieur ? Tourner la molette sur le zéro et retourner me coucher en silence. 
         Puis ce fut le jour, où se déroula ce qui se raconterait s’il fallait souligner l’essentiel, le plus beau, le mémorable, ce dont on se souviendra aux heures de nostalgie, puis revint la nuit. 
         Les passagers se rajustent discrètement dans leur reflet plaqué sur l’obscurité des campagnes. Ils ruminent alors que le train file. Ils se replongent dans les reflets plus changeants (leur a-t-on fait croire) de leurs écrans, oreillette vissée dans le cerveau. On y voit par exemple des chiens et des chats – ce n’est donc pas une légende ? Ou des adultes mal grandis, à lèvres de canard, qui se sont filmés en train de hurler. Son vis-à-vis est un gros homme qui renifle et tapote, telle une baleine ravalant son souffle ; Binh-Dû va se réfugier dans le réduit change-bébé.

vendredi 26 octobre 2018

26 octobre

Il s’est levé trop tôt et du mauvais pied, et maintenant il appuie sur la pédale droite, la pédale gauche, et il lui semble se rapprocher du vieux bonhomme en anorak usé qui, dans une paire ou deux de décennies, bravera vaillamment les frimas et l’extension fatidique de ses propres douleurs – si les dieux jusque là lui prêtent vie – en une trajectoire asymptotique car oui, ses jambes de vingt ans étaient plus vigoureuses ; et Binh-Dû a bien d’autres sujets de récrimination tandis qu’il traverse Paris, à commencer par ces publicités ubiquistes dont la médiocrité veule ou agressive lui endommage l’âme, à continuer par les conducteurs de SUV qui ne lui témoignent pas toute l’attention qui lui est due, c’est tout juste s’ils le voient quand ils déboîtent, et la liste serait longue encore mais un moucheron le percute soudain et s’abîme sous sa paupière... Que dire, que faire ? Penser positivement, prêche la dame assise derrière lui dans le TGV, « l’argent, la santé, tout va s’arranger dans la vie ». Cette même dame qui rit d’avoir été sifflée dans la rue, jadis ? En attendant le grand arrangement, la lune du soir, tard, est gibbeuse.

jeudi 25 octobre 2018

25 octobre

Les poneys ont chacun un petit panier attaché sous le mors, dans lequel ils trouvent à mâcher tout en transportant des enfants anesthésiés. Les parents des enfants marchent à côté dans une cotonneuse inutilité, certains textotent pour moins sentir l’odeur d’urine.
Binh-Dû n’est plus très au fait des transports en vigueur, déjà que son vélo roule de moins en moins vite au fil des années. Un chauve longiligne au manteau cintré, raide comme, dit-on, la justice, le dépasse sur sa trottinette électrique. Ce qui ne perturbe en rien les plantons du Sénat.
Et les hélicoptères continuent à tourner, à se demander pourquoi un chanteur lanceur de S.O.S. a pu s’écraser dans le désert. L’amoureuse de Binh-Dû qui souhaite cesser de l’être lui demande, si possible, de ne plus lui écrire. L’absence est toujours possible.
À l’emplacement de la future tour où des esclaves à haut niveau de revenus auront le sentiment de dominer le fleuve – unidirectionnel – et la populace – sans badge –, des ouvriers immigrés finissent de visser un portique de sécurité. Tel un gibet sur la dalle nue.

mercredi 24 octobre 2018

24 octobre

         Elle conclut sa traversée du passage piétons par une pirouette, bras en arceaux au-dessus de la tête. Voilà, c’est mieux ! se réjouit-elle, et Binh-Dû se réjouit de concert. Vous étiez à la patinoire ? poursuit-elle dans le dos du cycliste qui l’a regardée comme si elle était saine d'esprit, et celui-ci lance à contre-vent une réponse idiote, Non.
         Cela me fait plaisir de te voir, l’accueille son amie parisienne, l’une des dernières à n’avoir pas migré. Mais peut-être est-ce Binh-Dû qui le premier avait annoncé quelque chose comme Je te verrai avec grand plaisir, leurs formulations sembleraient affectées s’ils ne les pensaient pas vraiment. Tous deux ont mal au dos.
         Ils remontent la rue pavée jusqu’à une crêperie réputée où il ne se souvient pas de s’être jamais assis sur un de ces charmants tabourets rembourrés. Si les tabourets appellent le rembourrage, se dit-il, alors le taboulé suggère la rémoulade. Il lui fait goûter ses tomates provençales, elle sa glace vanille. Ils aiment à dire Oui.
         La conversation glisse d’un sujet à l’autre, la poésie des corps, le déferlement des vagues. Elle prévoit de se faire retirer un petit morceau de cartilage qui lui coince un nerf. Dans son sac il a apporté des fragments de caramel aux noisettes, dont la surface évoque des plaques de glace arrachées aux banquises.
         Ils se séparent devant la station de métro, À bientôt.

mardi 23 octobre 2018

23 octobre

         Les gouttes de pluie glissent doucement sur le pare-brise au matin. Certaines restent immobiles, les toutes petites mais aussi de plus grosses. Un rien pourrait les décrocher, elles tremblent dans le vent. Mais elles ne tombent pas. Jusqu’à ce qu’une goutte plus haut placée glisse et les emporte. Le pare-brise est constellé des étoiles qui n’ont pas brillé la nuit – trop de nuages, trop de pluie. Le phare est éteint pour la journée, il a cessé d’éclairer à intervalles métronomiques l’intérieur de la voiture où Binh-Dû s’était résolu à enrouler une écharpe autour de ses yeux. Dehors le vent souffle de face, bien que la mer soit moins en rouleaux que la veille. Il est temps d’obéir au suroît, de suivre sa flèche vers l’est.
         Les essuie-glaces sont une invention paresseuse, à moins que la paresse consiste à ne pas les enclencher, Binh-Dû ne tranche pas, il n’a pas sommeil. Les gouttes d’eau filent à présent vers le haut, comme si la vitesse pouvait les renvoyer au ciel. Près de la ville-pieuvre, le flot des véhicules stagne au-dessus de maisons dont certaines sont encore habitées. À dix kilomètres du but, les voitures piétinent dans leurs vapeurs, comme chaque soir à la même heure, et sans doute chaque matin, chaque jour de la semaine. Des gens rient dans leurs oreillettes, d’autres accentuent leur masque pré-mortuaire. Folie qu’il faille replonger dans le grouillement effréné autant que statique qui tient lieu d’existence aux citadins.

lundi 22 octobre 2018

22 octobre

       « Tu sais qu’est-ce que je pense à elle tous les jours », promet la dame sous sa capuche, le point d’interrogation flotte dans le doute. « Hurle moins fort ! » une mère admoneste son enfant, ce qui laisse tout autant perplexe. Binh-Dû reprend ses esprits à la vue d’un goéland prenant un bain de palmes dans une flaque. Puis d’une énorme araignée sur le mur de l’église, entre les ex-voto.
       Le soleil n’éclaire que l’horizon. Le soleil illumine l’horizon telle une annonciation. Car l’horizon se rapproche. Les raz-de-marée arrivent ainsi, la jambe de Binh-Dû trempée la veille s’en souvient. Trois silhouettes sur fond d’écume blanche, dont l’une n’est peut-être pas un cormoran, surveillent l’avancée des vagues. Les rochers déchiquetés se suffisent à eux-mêmes.

       Binh-Dû est amoureux. Paf ! Une apparition. Deux secondes à sa rencontre, au détour du sentier côtier entre Kergoaler et Kergouannou (oui, c’est vous, contactez-moi !). Auparavant, il ignorait que manquait à son expérience le coup de foudre. Ce n’était donc pas seulement première impression très favorable réclamant élaboration ultérieure et modération de raison ?
       La mer crépite comme un orage, la mer, cette acharnée, voudrait bouffer du rocher. Elle envoie dans les airs des phosphorescences mêlées d’algues pourpres. La nuit tombe ainsi que décroît la probabilité de recroiser l’amour (sans être cette fois pris au dépourvu). Binh-Dû, si respectueux de son erre et des mouvements déliés, est-il fondé à regretter sa propre fugacité ?

dimanche 21 octobre 2018

21 octobre

Les ouragans tentent de remettre de l’ordre sur cette planète sclérosée. Y parviendront-ils ? Les tempêtes sont des chats furieux.

Certains jours se lèvent dans l’avidité, jamais assez grasse ne sera la matinée. Tandis que dans la pièce contiguë l’objectif est de repousser les limites humaines de la capacité de travail, apercevoir les vingt-quatre heures par jour. C’est toujours une question de réconfort et de compensation, d’ailleurs les deux chambres sont jumelles. Ainsi le pressentiment du désastre.

La mer est verte quand le soleil en décide. La pluie s’abat d’un coup puis remonte – tant de vent ! Binh-Dû enfile son poncho à l’envers, perd la piste d’un arc-en-ciel stratosphérique, oublie que la mer monte. Les vagues en rouleaux sont des géants voûtés qui courent si vite qu’ils s’étalent, manquant d’écraser une nuée de chevaliers gambette.

Binh-Dû vide sa chaussure, essore sa chaussette. Plus tard, le chat lui mordra le pied, remuant sous le drap telle une souris.

samedi 20 octobre 2018

20 octobre

Malgré une nuit passée à pleurer de douleur, les joues sont sèches comme la veille. C’est donc qu’il n’y a pas eu de mal ? Un baiser détecterait le savon plutôt que du sel.

Du reste, les vagues n’attendent pas. Quoique Binh-Dû attende la vague, en méditation féline. Bâillera-t-il à s’en décrocher la mâchoire ?

Dans la maison des tempêtes terrestres, les crêpes vont par cinq et on ne pleure pas le beurre ; les poules tombées du camion n’échappent pas toutes à la gueule du renard ; le bouc retrousse sa lippe dans le champ de maïs mais ne sait tourner que dans un sens autour du châtaignier, empêtré dans sa longe. Coup de corne au chien pour l’oreille déchirée. Là-bas les chats sont au nombre de six.

Dans la maison de l’amie partie, le chat solitaire serait bien capable de décoller tout le moche papier peint, en prélude aux gros travaux, bravo le chat, continue !

Sa frénésie imite le ballet incessant des vagues – ou est-ce le contraire ? Est-ce la même énergie ? Binh-Dû se laisse happer par la régularité fougueuse.

vendredi 19 octobre 2018

19 octobre

Elle part en mission, l’amie de Binh-Dû, il regarde sa voiture quitter le parking, après un dernier signe de la main. Dans l’appartement règnent le silence et la solitude soudains. L’évier contient les fragments d’un saladier éclaté dont le verre bleuté a définitivement filé hors de sa tension glorieuse. C’est infiniment triste, c’est toujours ça de moins à laver, c’est un cœur qui s’éloigne. Le vent souffle en tempête derrière les fenêtres. Des pas précipités arpentent le paradis des joies enfantines - une petite fille court au plafond dans les déferlements assourdis de ses propres rires. Quant au chat, il se love sur le canapé, c’est si simple de lui dire « Je t’aime », se réjouissait l’amie. En effet toute l’affaire est plus compliquée entre êtres humains, acquiesçait, sentencieux, Binh-Dû. Qui dans le silence et la solitude se met en mode « chat », attendant que l’autre vienne chercher un peu de contact humain. (Mais sait-on bien lequel des deux est l’autre ?) Au soir, quand la pluie cesse la tempête persiste, les algues volent par-dessus le muret. L’amie de Binh-Dû rêve aussi de cataclysme et ce serait joyeux.

jeudi 18 octobre 2018

18 octobre

Où voudrais-tu aller si tu en avais le loisir ? demande Binh-Dû, et son amie ouvrant son ordi lui répond que c’est un jour à se promener sur les plages. Être celui qui a le loisir contient un aspect de cruauté. Le ciel est traversé de hauts nuages élégamment formés, le soleil brille, la brise caresse, Binh-Dû marche sur la plage. Il balance les bras, son amie lui dirait de se calmer un peu. Il s’assied pour regarder la mer monter. Son amie serait allée se baigner. Binh-Dû garde ses chaussures, l’an passé à la même époque il avait contracté une tendinite. Son amie est sans doute encore en train de travailler, Binh-Dû observe la plage par procuration, il aimerait trouver un coquillage à offrir. L’océan tarde à lécher ses semelles... S’asseoir, c’est fixer l’image, l’œil n’a pas le temps d’accommoder quand le corps est en mouvement. Il faudrait évoquer chaque vague et ses franges d’écume (ce n’est pas indispensable). Le jour décroît à l’intérieur des terres.  La fenêtre d’un deuxième étage est fermée, d’où une gamine au matin a sifflé « Beau gosse ! » à l’attention de Binh-Dû avant que son frère ne lance « P’tite bite ! » Pourquoi n’être que ce que les autres voudraient qu’on soit ? L’amie de Binh-Dû envoie un dernier mail professionnel avant de clore sa session.

mercredi 17 octobre 2018

17 octobre

Se détordre, d’accord, mais dans quel sens ? Binh-Dû ne sort pas de son ombre (à défaut de se voir de dos), quelle omoplate pointe vers le haut et laquelle est-ce qui tire vers le bas ? Heureusement qu’il n’en a que deux. Et seulement une jambe plus courte que l’autre – eurêka ! Ainsi c’est décidé, il patinera dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. En cas d’erreur, il aura accéléré sa vrille, pour autant les châtaignes continueront de chuter autour du lac, de l’ouest au sud, du sud à l’est, de l’est au nord et retour. Plein la musette. Et trois pommes en prime. Et un lapin ? Non, va-t’en te cacher lentement dans un fourré, le festin sera végétarien, sans nul besoin de toi. Il sera même vivant, selon l’amie de Binh-Dû qui le surpasse en hauteur de tabouret et en vitesse de décorticage. Est-ce pour cela qu’elle est plus grande, aussi ? Le tarot promet à Binh-Dû l’équilibre sur un plateau ainsi que des dauphins jaillissant dans les airs. Allongé sur le dos on sent en effet les tendons rétrécis, le chat coule un regard dédaigneux de maître yogi. Il fut un temps pourtant où le pied descendait à la bouche, et les ongles coupés étaient crachés telles des esquilles.

mardi 16 octobre 2018

16 octobre

La plage est fortement pentue, met en garde un panneau planté parmi les oyats, ce qui n'est pas pour déplaire à Binh-Dû qui espère ainsi poursuivre l'entreprise de détorsion entamée au matin sur son thorax par un kiné breton plus accablé par l'ampleur de la tâche que s'il s'agissait de couper en dés un potiron cru avec un canif. Si mon épaule droite est plus haute de deux ou trois doigts, en balançant mon épaule gauche je devrais gagner un demi-doigt ? Espère-t-il. T'en foutrais. Ce n'est pas une question d'attitude, peu importe qu'il roule les mécaniques d'un bord sur l'autre ou de l'autre bord sur l'un, les flics devisent tranquillement entre eux devant le magasin de produits régionaux. Ils ne soupçonnent pas le couteau dans la poche extérieure.

C'est égal de lancer une nage indienne par le bras droit ou gauche pour plonger dans le sommeil. Quoiqu'il fasse, Binh-Dû pâtit de son profil scoliotique, ses plis tordus tridimensionnels. Qu'y faire ? Le vent et le sable descendent avec la mer, paraissant atténuer la courbure de la plage. Le soleil suit le mouvement, jaune. A tel point qu'il disparaît complètement derrière l'horizon des arbres, sur la rive opposée de la baie. C'est l'heure du chat, qui se love d'une façon inimitable dans l'ovale de son panier, l'une de ses oreilles reste à l'affût d'un son de croquettes. Du chat, qui se relève pour imprégner nos chevilles de son attente, s'écarte de la main caresseuse. Maître du jeu, il glisse son museau, sa tête puis son corps cambré sous un repli de drap.

lundi 15 octobre 2018

15 octobre

Pour changer, les tondeuses à gazon sautent les vagues entre deux anses. Le vacarme dérange les oiseaux, surtout quand s'élève à l'arrière un jet d'eau propulsé vers le ciel. S'il était armé, Binh-Dû viserait les patins, il n’hésiterait pas malgré le risque de toucher la jambe tatouée d'un jet-skieur – car jusqu'où faudrait-il tolérer la décadence ? Jusqu'au rappel que nous sommes toujours le jet-skieur de quelqu'un, nous sommes toujours le voisin pénible qui empiète sur notre jardin. Du reste, Binh-Dû ne foule-t-il pas négligemment les glands et les châtaignes qui s'offrent sur le chemin (au lieu de collecter avec gratitude cette manne divine) ? 

De la main, tout en marchant, il caresse la tête d'un grand chien blanc qui pourrait être sien... si deux femmes derrière lui ne l'appelaient (le chien). Des femmes il y en a beaucoup, en voici deux autres qui inspectent le pneu arrière de leur voiture. Dommage, il n'est pas dégonflé (le pneu), et elles n'ont aucun besoin de Binh-Dû, lequel aurait pourtant bien des choses à dire sur la sympathie immédiate qu’inspirent certaines personnes au point qu'on serait disposé à se ruiner le dos en tentant de dévisser quatre écrous bloqués. Les femmes souvent lui sourient étonnamment. Au soir, il brosse non seulement une carotte mais des patates et un potiron.

dimanche 14 octobre 2018

14 octobre

« Tu ne peux pas tout préférer », conteste la mère d'un petit garçon qui s'extasiait devant un rocher – c'était son préféré – puis un autre – son préféré – et encore un autre. Et pourquoi pas, si à chaque instant succède un instant neuf ? Il y a tant de soleil qu'il aveugle en reflets ceux qui se risquent sur la mer. Un goéland brun gît dans le caniveau, une aile retournée, son sang coagulé vire au vert. Une étoile de mer s'assèche sur la jetée, comme une indication trahie. Plus loin un marin solitaire mâche un sandwiche. L'aigrette pousse un cri déchirant, on croirait qu'un chat s'est fourvoyé au sommet d'un arbre et ne sait comment en redescendre, mais elle finit par trouver une solution puisque la voilà qui traverse le ciel, de ses pattes quelques gouttes de vase retournent à l'estuaire. Les feuilles de chênes forment tapis superposés, du coccinea au robur en passant par le pubescens. Chacun est préférable, de même le gland à la châtaigne et la châtaigne au gland. Et la carotte ? La carotte se brosse dans le sens du poil, que Binh-Dû finira par arracher en la débarrassant de son humus natal. Mais cela, ce sera plus tard. Bien après le concert des tondeuses à gazon qui se répandent en vrombissements saturés d'un jardin à l'autre, sautant allègrement les haies qui les séparent.

samedi 13 octobre 2018

13 octobre

La brume semble ne vouloir s'effacer que pour réapparaître peu après, pressentiment de l'ultime nuage qui obscurcira définitivement l'avenir ? Au matin les cloches à viennoiseries reflétaient le ciel, elles-mêmes sous la cloche de la véranda vitrée, et une dizaine de saveurs caféinées se mêlaient aux alentours de la fontaine d'intérieur. Binh-Dû se serait bien allongé sur une méridienne, tel un Romain décadent. Au marché les poussins ont grandi depuis le temps, et leurs os broyés ont rejoint la terre, participant peut-être aux courbes parfaites de la courge et du potiron. Selon certaines théories il ne faudrait plus se souvenir des poussins de l'innocence, ni mettre ses pas dans les pas de celui qu'on était. La vue était semblable et les fragrances marines, c'était à cet endroit précis de la corniche que, vingt-et-un an plutôt, une cycliste freina – mais c'est alors que le téléphone émet une sonnerie déclenchée par icelle, où est l'anachronisme ? La non-linéarité est-elle toxique à l'existence ou situe-t-elle un lieu de sagesse approfondie ? Quelques regards aimés se sont portés vers l’horizon pour mieux retourner aux yeux de Binh-Dû ou pour partir ailleurs, les liens superposés accentuent du cœur l’insistance évanescente.

vendredi 12 octobre 2018

12 octobre

Il y a de la mayo dans le vase d'expansion. Texto. Comment s'étonner que les voitures pondent des œufs quand au matin la tondeuse à gazon du lotissement se transforme en avion de chasse ? Binh-Dû finit par se réveiller d'un coup de poignard dans le dos, en contrepartie la pelouse est parfaitement égalisée. Aïe, ça fait mal, qu'a-t-il fait pour mériter ça, quelle guerre inique a-t-il déclenchée ? La courroie de distribution devra elle aussi être remplacée. Pour le jeu de vertèbres, la réparation est la seule option avant la casse, aucun rayon au magasin à côté de celui des joints de culasse. Tout est affaire de confiance, Binh-Dû ricane. Bien incapable de discerner ce qui ressort de la compensation et ce qui tiendrait plus justement d'un impérieux accomplissement de l'être. Au diable les numérotations, plutôt couper les liens toxiques – ou apprécier la grisaille du ciel et la verdure des plages pour ce qu'ils sont, ce que verrait un enfant. Dans la forêt, Binh-Dû tout vêtu de noir suit une promeneuse toute de blanc vêtue, d’une même impulsion retirent leur polo, formant damier à quatre cases (tee-shirt noir pour elle, clair pour lui), puis s'en retournent, Binh-Dû devant. On n'est pas loin d'un échange.

jeudi 11 octobre 2018

11 octobre

Et l'océan est toujours en place. Première infusion d'air atlantique, le dos de Binh-Dû le lance au matin sur le sentier côtier, poussé par le vent. Mais comme il s'agit aussi de revenir, la chance tourne. Sur le parking, ce qui tirait sur la gauche se révèle pneu dégonflé. Il faut s'asseoir sans rien blesser, suspendre la crispation des lombaires, relâcher au havre du garage.

Le traumatisme commence à se soigner en quatre tours de boulons, d'abord dans le sens contraire des aiguilles, il paraît que rien n'est plus élémentaire que l'équilibre. Les routes sont jonchées de châtaignes aux bogues éclatées et de feuilles rousses, le cycle des compensations tourne à plein régime. Même si parfois le voyant d'huile s'allume, telle une douleur fantôme.

Au soir, celle-ci s'effacera devant une crêpe à l'andouille. Mais ce qu'on retiendra, outre le plaisir de retrouvailles, c'est la seconde infusion qui fut la plus sereine, entre changement de valve et vidange, zénith et crépuscule, à nouveau en prise ; ayant pris garde de ne pas écraser les patelles, s'étant excusé auprès de l'aigrette délogée de derrière son rocher.

mercredi 10 octobre 2018

10 octobre

Le lait de soja ne va pas de soi, de même qu'il n'y a pas toujours de chat dans le couffin du chat. Ou qu'un millier de dents de scie ne viennent pas à bout du thuya. Si l'existence ici-bas est absurde et demie, il y a lieu de se réjouir qu'elle ne le soit pas doublement. Tout ce qui s'écrit ne relève-t-il pas de la veille ou du lendemain ?

Cette fois est la bonne, Binh-Dû s'en va. Il peut recommencer à compter les kilomètres et à éviter les éoliennes. Leur malveillance, l'âme humaine ne saurait la supporter sans dommage. Le répit est encore course contre la montre, dans une forêt tranchée. Vision avalée, simplicité de la ligne droite, aperçus d'un ciel autrefois refuge immémorial.

Heureusement le déport est une illusion confirmée. L'avenir ne serait pas déjà à jeter dans la fosse de ce qui fut irrémédiablement détruit. On peut sourire de soulagement. Qu'est-ce qui est le plus amusant ? Sentir qu'on progresse en équilibre entre anciennes et neuves connaissances. La mer brise en paix, les haubans battent une berceuse, toutes les lumières s'éteignent.

mardi 9 octobre 2018

9 octobre

Dans ces conditions, lundi peut s'envisager comme un jour prolongeant le dimanche. En harmonie, sans rupture de rythme. Voilà déjà midi qui passe, et la décision de remettre au mardi un réveil plus matinal. Tout est justifiable. Vers la fin de la journée le périphérique ralentit puis se bouche, à ne pas mettre une roue dehors. Les estomacs réclament.

Les enfants, les épousé(e)s servent à déporter l'angoisse existentielle hors de soi - l'autre sert à donner ce qu'on refuserait de s'accorder. Certes, l'autre sert aussi à obtenir ce qu'il nous semblerait devoir voler sinon. La possession a un coût. Au moins Binh-Dû prendrait la tangente s'il parvenait à emprunter, le temps d'un élan, la dynamique d'un flux.

Sur les photos il apparaît si fatigué. Cent pour cent polyester, les ravages se mesurent au nombre de bouloches. Il y a de mauvais plis sur sa chemise, également. Un relent pas très net. C'était l'été, on pelait les cœurs d'artichaut, à présent ce sont les feuilles qui tombent, et les heures, ces dernières égrainant dans la nuit voilée le jour suivant.

lundi 8 octobre 2018

8 octobre

Ses chaussettes, Binh-Dû se prend les pieds dedans, il aurait mieux fait d’aller se recoucher. Contre un montant du lit se cogne et trébuche. Ensuite, il ne sait plus. Sans doute a-t-il rêvé. « C’est ainsi que tu me quittes ? » pleurnichait-il, aussi peu séduisant que possible et sans doute était-ce le but. Devenir responsable de ce que l’on subit, donner du sens malin à son échec. Il aurait aimé toutefois obtenir une réponse mais il n’y avait personne.
Certains visages défaits ne seront jamais observés que dans des miroirs, et encore, très vite on détournera les yeux. Même, le remède miraculeux consiste parfois à élever d’un cran le mal – car à quoi bon souffrir médiocrement ? Le mal n’est pas si mal, pas nécessairement, qu’on pense à une poignée de céréales flottant dans un bol de lait de soja à peine périmé.
Et une cuillerée de miel par-dessus. Qu’on pense au plaisir éprouvé à écraser un insecte vrombissant ayant eu l’aplomb de se poser sur le dos de notre main, et l’ouvrier à la perceuse matinale on lui ferait bien passer le goût de vriller nos rêves (si désolés soient-ils). Binh-Dû se réveille chez lui, il aurait pu (en) être autrement mais on ne sait jamais à quoi s’en tenir avec ces pronoms, c’est comme de dire « il pleut ».

dimanche 7 octobre 2018

7 octobre


L’amour, qu’il se dépêche. Ou qu’il se déporte, tout ne se résume-t-il pas au choix d’une ville, d’une bibliothèque, d’un livre ? Au rythme de lecture, si l’on a bien dormi, à la disposition...
Binh-Dû est moins prêt que jamais à n’importe quoi, à moins que ce ne soit le contraire : il serait prêt à tout, pourvu que ce soit bien présenté ; selon des critères indécis.
Plutôt que de se conforter soi-même. L’histoire décrit une inconnue passionnément aimable, ici l’on croque en solo du chocolat, adossé à l’oreiller.
L’auteur n’a pas renoncé aux péripéties, aux tourments, à la force d’âme. Une fois refermé le livre, reste un goût amer et un sentiment d’inutilité.
Une sensation physique aussi, qui prend aux tripes, tant le retournement de saison augure d’une chute dans le froid, jusqu’où ? Vraiment, on y va ?
C’est en demeurant qu’on attire les bombes, aussi Binh-Dû remplit-il son sac, remonte-t-il ses chaussettes et s’élance-t-il vers l'ouest.

samedi 6 octobre 2018

6 octobre


L’usage de ses poumons est encore pour Binh-Dû un gage de son individualité. Bien qu’il maîtrise mal l’environnement où ils se gonflent, en deuxième lieu cette atmosphère plus ou moins respirable qui nimbe la surface terrestre. En premier lieu cet assemblage corporel dont la fonctionnalité lui semble se dégrader à la mesure des temps. L’âge n’aide pas, ni la froide humidité. Pour autant Binh-Dû n’a pas abdiqué devant la technologie, son rythme intime garde ses distances avec tout ce qui pourrait sonner comme des bips. Même le chant des baleines il n’y croit plus, et ce qu’il voit de ses yeux voit n’est jamais que surface émergée. À la fin, la plupart des gens trouvent un certain réconfort à gratter le tissu des draps du lit dont ils ne se relèveront pas. Tout ramener à une quête de réconfort. Binh-Dû voudrait-il cesser de respirer à en mourir, il n’y parviendrait pas, le souvenir de l’air serait trop pressant. Quoi d’autre le retient avec une telle persistance – l’espérance bien sûr, pareillement tenace, chaque acte visant avant tout à rassurer l’homme de peu de foi. Nous sommes tous identiques dans notre prétention au contrôle, nonobstant l’amour demeure une belle aventure.

vendredi 5 octobre 2018

5 octobre


Mais cesserez-vous bien de tousser !  Les rires, les applaudissements, les bâillements, passe encore. Mais cette contagion-là, comme si l’humilité était une faute de goût, comme si le théâtre n’était qu’un espace d’ostentation personnelle, comme si la scène n’était que prétexte à la salle... Vous ne voudriez pas quitter les lieux et vous en aller mourir, plutôt ?
On demande à Binh-Dû s’il s’aime et il entreprend de répondre sérieusement, non mais oui quand même, ça dépend. (« On » n’est pas n’importe qui.) Plus Binh-Dû s’énerve contre ses contemporains de race humaine, moins il est enclin à se pardonner d’être des leurs. Identité qui n’est pas si évidente d’ailleurs, tant il revêt souvent la peau de l’ours.
Qu’on leur donne de bonnes raisons de tousser, et à moi des coups de bâton, ronchonnerait-il encore. Binh-Dû ces jours-là cesse d’être Binh-Dû mais il se souvient de son nom, c’est sa voie de salvation. Il dormira plus longtemps, il remontera plus loin dans les étoiles, il se secouera les grelots et reviendra calmé, ses pouces formant cercle à chaque main.

jeudi 4 octobre 2018

4 octobre


Toute pièce dépourvue de fenêtre se propose en salle de torture. Grande ou petite, obscure, éclairée au néon, quand bien même dispenserait-elle une douce pénombre avec écharpes fines posées sur abat-jours, coussins moelleux, fragrances ambrées, un chat angora ? Une odalisque à la peau d’albâtre ? La musique pourrait caresser l’âme... Torture.
Les spectateurs s’installent dans leur fauteuil, félicitation implicite et mutuelle. La scène est d’un noir profond, plastique, une bâche recouvre le sol, sur les côtés des plantes vertes, des chaises pliantes, des chaussures. Bonne compagnie, rires aux quatre coins raisonnables, silence en face où la folie menace, mots qui fusent en parade désordonnée.
Ça commence. C’est fini. Sur le trottoir un parasol chauffant déborde de la terrasse du café, Binh-Dû frissonne tandis que se faufile un cycliste casqué. L’amie avec qui il se trouve lui raconte tout ce qu’il a manqué, les tableaux émotionnels, le plaisir organique, les déploiements contemplatifs. Elle a raison, c’était sûrement beau. Il rouvre à nouveau ses yeux vers l’extérieur.

mercredi 3 octobre 2018

3 octobre


Si le premier mot désigne celui qui parle, ce n’est pas seulement faute de goût, manque de délicatesse, passion de soi-même... C’est aussi un contresens. Binh-Dû est bien placé pour raisonner ainsi, lui qui se décrirait comme flottant dans des vêtements trop amples qui ne lui appartiennent pas. Mais à l’aise, il se pose un peu là.
Si le deuxième mot désigne une action, alors Binh-Dû commence à rire dans sa barbe. (Sa barbe ne lui appartient pas non plus mais il en est très satisfait, ne serait-ce que pour tirer sur son menton.) Il apprécie qu’on lui raconte des histoires peuplées de personnages allant d’un point à un autre tout en tournant sur eux-mêmes, à l’instar des planètes.
Le troisième mot est dépourvu d’humour intrinsèque – sauf si le deuxième mot désigne un état. C’est le point de bifurcation pour Binh-Dû, soit il retourne à son sourire de base, soit il rigole franchement. Sa bonne nature est parfois agaçante, ses interlocuteurs ont l’impression de parler dans le vide. Ils insistent un peu, puis, de guerre lasse, s’en vont chercher ailleurs.

mardi 2 octobre 2018

2 octobre

Ne sortez pas de chez vous à midi si c’est pour revenir avec une baguette de pain dans un sachet transparent. Surtout si vous portez des lunettes et si vous êtes vêtus d’un blouson étriqué. À la fin du repas vous vous sentirez ballonné, vous aurez envie de vous allonger un moment, Binh-Dû sera profondément peiné.
Tout en dormant il retire avec deux incisives une tige organique enfoncée dans son doigt. À mi-parcours cela résiste, il doit insister, la plaie s’écarte davantage. Enfin elle peut se refermer, il s’en trouve soulagé comme après un accouchement. Au milieu du corps étranger la poche de venin ne s’est pas rompue.
La pluie n’était pas non plus attendue et pourtant elle fouette les épidermes. Tout devient plus petit depuis un tricycle Oui-Oui – quand je serai grand j’aurai la voiture avec le klaxon qui fait pouêt. C’est le destin des mondes que de flotter, mieux vaut s’y habituer très tôt, vous aurez l’œil plus vif et vous pleurerez moins.

lundi 1 octobre 2018

1er octobre


On reniflera nos culs dans la cage. On ne prêtera pas attention aux fusées qui éclatent dans le ciel avant la nuit, on déclinera l’offre de l’ours en peluche. On se jettera sur le bitume et on se relèvera avec sur nos pantalons la marque du crachin. Les gens autour imagineront des tatouages bleus sur nos cuisses et nos jambes et se demanderont jusqu’à quand la Terre nous portera. Ils renoueront leurs lacets en prévision d’une course échevelée. Une cohorte de bras prendra son envol en direction des océans. La peau frissonnera d’amour plutôt que de froid. Les mots seront balbutiés de sorte qu'on ne dise jamais une seule chose à la fois mais bien deux ou trois, pour le moins. Oui, sous la pluie nous pousserons des cris d’animaux et les humains raisonneurs se retrouveront du mauvais côté des barreaux. On se racontera des mensonges immémoriaux qui nous feront plaisir. On évitera les bacs à sable que les enfants eux-mêmes dédaignent. On se déplacera en glissant sous la lune, affranchis de toute mauvaise conscience. Le temps cliquettera sa bonne heure. Il se fera tard. On aura appris de nos erreurs. Au bout du décompte on exultera.