mercredi 10 novembre 2021

Si tu vis entre deux cycles

(16/n)

Tu aimerais bien libérer quelque chose qui s’approche de la joie. Non pas pour toi seul – quoique ce serait déjà quelque chose – mais d’une manière communicative, il pourrait y avoir des larmes aussi, l’émotion qui submerge de nous savoir en train de conclure un cycle de sa vie, sachant qu’on n’en vivra pas plus de quelques uns – si la destinée est favorable. C’est peut-être le dernier cycle heureux qui s’achève, et nous sommes joyeux malgré tout, c’est-à-dire que l’on partage une tristesse commune et l’on s’étreint une dernière fois, on tente de croire aux promesses de se revoir et Dieu sait qu’il y a de la bravoure dans les sourires. Tu as connu cela. Tu te demandes si tu vis entre deux cycles.

Céline a vu un autre homme noir couché sur le trottoir, cette fois c’était en pleine journée. Dans une allée perpendiculaire à la rue piétonne, il se tenait dans une flaque de soleil, avait enlevé ses chaussures, et il riait sans discontinuer, pas trop fort, en secouant la tête. Elle ne s’est pas arrêtée, il ne paraissait pas en danger si ce n’est qu’il avait bu sans doute, ou qu’il était fou. Elle a toutefois accroché son regard, lui a fait un signe de tête en serrant le poing – Allez, courage, reprends-toi. Il a figé son rire, son corps et son regard, elle a craint qu’il ne l’agresse soudain, a continué son chemin d’un pas vif. Avec Rémi elle se serait rapprochée. Ou bien non, pas encore, pas déjà, pas cette fois, toujours pas.