Autant considérer toute société comme une société d’abrutis. Ne
valoriser que la déviance, la marge et le dépit. Renvoyer dos à dos la bêtise
crasse et la bêtise cultivée. Soi-même, se tourner le dos à peine on se
surprend dans son miroir. Consacrer son esprit à l’ironie et à l’obtention de
plaisirs. Ne jamais se croire dupe de ses gratifications – et pourtant...
Sur la plage court un gros homme, enveloppé des manquements de la vie
à son égard. Mal aimé, négligemment reconnu. Il trébuche et tombe. Son corps forme
cratère, il est une bombe non explosée. Deux hommes minces le relèveront. Trois
femmes le plaindront. Quatre enfants tenteront de débarrasser des grains de
sable son costume incongru.
À l’arrière de la berline une femme parle à son oreillette. Elle
s’accompagne de gestes de la main valorisés à 300 euros la minute. Le transfert
en hélicoptère est déjà amorti, d’ailleurs ce n’est pas elle qui paie. Mille ouvriers
mourront. Cent mille familles prieront en vain. Dix millions d’enfants
tousseront du sang. Un milliard d’organismes évolués disparaîtront.
Autant planter son regard dans le ciel ou ce qu'il en reste, et sourire aux anges. Sentir l'amour divin diffuser dans tous les organes, s'émerveiller de ce qu'ils fonctionnent en cette seconde précise, puis la suivante, puis la suivante. Saisir la main tendue, serrer l'humain contre son cœur. Croire en la bonté fondamentale – être la dupe et le ravi ?