jeudi 7 juin 2018

7 juin

Rester altruiste ou engager à plein son désir. Tel est le dilemme qui attend Binh-Dû de l’autre côté de la nuit. Avant cela, une nonagénaire en regain déclare son amour à un eurasien qui pourrait être son petit-fils. Ou le frère de Binh-Dû, est-ce sa faute si la vieillesse ne cesse de se rappeler à lui ces jours-ci ? La vieille dame a de sévères pertes de mémoire, ses yeux brillent comme à quinze ans et son sourire contient un peu de l’abandon passionné auquel elle se livrait du temps où les hommes s’évertuaient à la séduire. Le frère de Binh-Dû est troublé, il n’imaginait pas que son charme pût être si puissant. Personne ne concevrait qu’il engage son désir, et pourtant il y a sollicitation. Pourtant il prête déjà son bras, sa main, il laisse caresser sa joue. Binh-Dû tire certainement avantage de son altruisme, ne serait-ce qu’un allègement de responsabilité envers lui-même, qu’il noie dans l’attention aux autres. Et la dispense de décider ce qu’il ressent, conséquences incluses. Il ne cessera jamais d’éprouver les sentiments d’un enfant de quinze ans ou d’un vieillard de quatre-vingt-quinze. Il cessera peut-être un jour d’être si raisonnable, et on lui en saura gré. Ou il périclitera sans dommage apparent.

(merci à Valeria Bruni Tedeschi)