vendredi 22 février 2019

22 février


Il court toujours, le chien, malgré son ventre ouvert. Seul un morceau de boyau dépasse, d’entre deux muscles rouges. Et Binh-Dû est convié à une danse importune, impossible de refuser, ils sont tous venus en son honneur. Il passe de bras en bras. Il est le centre de l’attention. S’il avait su, il n’aurait pas enfilé ce pull gris (et le petit trou de cigarette près de l’encolure, l’ont-ils remarqué ?), il se serait lavé les cheveux, il se serait composé une attitude, à tête reposée. Au lieu de ça, il ne sait plus où donner. Où s’est enfuie celle qui l’attendait. Est-elle partie pour ne pas déranger ? S’est-elle imaginée qu’elle déparait, qu’il avait mieux à faire, que ce n’était pas le moment ? Dans les vastes salles du palais il court à sa recherche. Chaque rebond de ses pieds sur le sol semble lui déchirer quelque chose à l’intérieur, une fibre après l’autre. À coup sûr il y aura un point de non-retour, de dislocation définitive où il s’effondrera sans pouvoir se relever. Des mains compatissantes se tendront vers lui. En tas par terre il sentira encore qu’il respire, chaque prise d’air un sanglot, chaque souffle une larme. Il fermera les yeux. Il priera pour un meilleur réveil.